A Gibraltar Patrice et Nathalie
arrivent au terme de leur voyage. Nous les retrouverons dans une dizaine de
jours à Porquerolles. Sans traîner à l’issue d’une seule journée d’escale assez
dense consacrée à la logistique et à une rapide balade de la ville nous appareillons,
en équipage réduit cette fois.
La remontée de la côte
méditerranéenne ne se présente pas sous les meilleurs auspices. Nous n’avons
cependant plus le temps d’attendre une fenêtre météo plus favorable. Notre
navigation est largement marquée par des conditions bien souvent pénibles, pénibles : instable et versatile, la
réputation d’Eole de ce côté de Gibraltar se confirme une fois encore. Tout ou rien,
point d’équilibre ! Très vite des
vents contraires nous contraignent à tirer des bords encore et encore. Le
passage du Cap de Gata est laborieux. Nos quarts nocturnes de 6 heures
commencent à se faire ressentir. La nuit la côte semble ne jamais défiler,
tantôt sur bâbord, tantôt sur tribord. De nombreux cargos croisent notre route
et exigent une veille attentive. Les illuminations à outrance des villes côtières constituent un
vrai fléau pour distinguer les feux de navigation des bâtiments des lumières citadines. Enfin après trois
jours de mer dont deux à louvoyer et 78 nautiques de détour nous touchons
Carthagène.
Peu avant le chenal d’accès au port,
une vedette de la « Guarda civil » file sur nous et nous somme de
nous arrêter. Elle se présente à couple de Philéas et un agent monte à bord
pour vérifier nos identités, carnet de navigation et assurance… Philéas et son équipage ne sont pas hors la
loi. Nous reprenons notre route et cette fois sommes accueillis par un marinero
du Yacht Port de Carthagène, prêt à recevoir nos aussières.
Moins d’une heure plus tard un policier se présente sur le quai pour un nouveau contrôle. Que se passe-t-il donc dans ce pays ? Une phobie d’invasion ? La vague d’immigration en provenance de Libye et de Syrie en est probablement la cause. Enfin, peut-être ?
La marina dispose de nombreuses
places disponibles, le personnel est avenant et attentif à nos besoins. Nous
apprécions.
Carthagène fait partie de la
communauté autonome de la région du Murcie, située au sud-est de la péninsule
ibérique. Son territoire municipal couvre 5 fois la superficie de Paris
intra-muros. Elle est aussi l’une des principales bases navales du pays (avec
Rota et Ferral).
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Théâtre romain |
Mais surtout à Carthagène, ville
fondée en 227 avant J-C par Hasdrubal le beau, 2500 ans d’histoire sont
omniprésents. Le théâtre romain de Carthago Nova construit à la fin du 1°
siècle avant J-C, récemment restauré, est le plus grand de la péninsule après
celui de Merida. Une couverture moderne et translucide protège les restes de la
cité romaine. Les amateurs d’histoire sont gâtés : ici l’Augusteum, temple
dédié à l’empereur Auguste, là, la nécropole du Bas Empire romain ou encore la
muraille punique, construction défensive réalisée au II° siècle avant J-C.
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Palais de l'Aguirre |
La ville concentre de nombreux vestiges
d’époques carthaginoise et romaine, des forteresses et d’édifices d’époques
moderne et néo-classique. Le centre-ville est classé historico-artistique, en particulier l’ensemble d’immeubles bourgeois du XIX siècle et début du XX° siècle comme le Palaccio de l’Aguirre (1900), le Gran
hôtel Victor Beltri (1916) ou encore le palais du consistoire (1907).
Si Carthagène abrite des trésors, je
quitte cette ville de haute réputation historique déçue. Je ne la sens pas vibrer,
ni même simplement vivre. Je déambule dans une cité sans âme. Les façades de
nombreux bâtiments sont décaties et ne tiennent que grâce à des échafaudages
tuteurs installés pour les soutenir. J’ai presque l’impression d’être de retour
à La Havane ! La crise est passée par là, c’est certain. Les rues
commerçantes n’ont plus de caractère, les grandes enseignes de Carthagène
ressemblent à celles de n’importe quelle autre ville. Rares sont les petites
boutiques, rares sont les boucheries de quartier. Je me faisais une tout autre
idée de Carthagène…
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Belles façades |
Belle prise |
A l’approche des côtes nous captons un bulletin météo spécial annonçant un coup de vent. Il est à nos trousses mais nous avons tout de même quelques longueurs d’avance. Si Eole ne nous trahit pas une fois de plus, nous devrions l’éviter…
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Nuages et coucher de soleil en mer |
nous est impossible de battre en arrière pour faire tête. Par sécurité nous mettons l’alarme du GPS, si notre ancre chasse nous serons prévenus.
Malgré l’heure tardive, nous
relâchons notre tension autour d’un ti-punch, parfum des Antilles, et trinquons aux 13 981 nautiques(2) parcourus en un an, aux 14
pays et leurs dépendances visités(3) dont 10 états des Etats Unis(4).
Philéas a pris le chemin des écoliers
et est le dernier à rejoindre le pays…
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Rassemblement à Porquerolles |
En ce troisième weekend de septembre,
trente voiliers investissent les postes d’amarrage situés le long de la digue
de la marina de Porquerolles : dix voiliers MédHermionistes entourés de
vingt sympathisants membres du club
nautique de la marine à Toulon. Notre
circumnavigation s’achève par un ultime regroupement de la flottille auquel
familles et amis sont conviés.
Du séminaire de clôture de cette belle aventure il ressort que 221 personnes se
sont laissées séduire par MédHermione, la plupart ont participé à une voire
plusieurs phases. Seuls treize
irréductibles ont effectués la boucle complète. Des 15 voiliers engagés, 7
seulement ont mis le cap vers l’Amérique du Nord pour aller saluer leurs
concitoyens Saint Pierrais.
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Vue plongeante depuis le fort du Lan |
Retrouvailles, pique-niques avec les
familles et les amis, déjeuner convivial aux allures de repas de communion,
visite privée du fort du Langoustier guidée et commentée par son propriétaire
et débriefing de MédHermione par son commodore, ces trois jours porquerollais
sont vécus par Philéas qui n’a pas encore rejoint son port base, comme une
dernière escale.
Dimanche 20 septembre, 13h30 les dix
voiliers MédHermionistes, grand pavois hissé et pavillons des différents pays
visités arborés dans la mature, embouquent la grande passe de la rade de
Toulon. De nombreux sympathisants se joignent à la parade et escortent la
flottille jusqu’au parvis de l’Amirauté. Un comité d’accueil se presse sur le
quai et réceptionne les aussières des vagabonds
des mers. Le quotidien Var Matin a dépêché une équipe de journalistes pour
couvrir l’évènement. Les interviews se succèdent et font la une de l’édition du
lendemain. La synthèse des propos recueillis n’est pas toujours fidèle aux
récits des MédHermionistes et le style hasardeux du rédacteur surprend.
Faire partager le vécu d’une année
de pérégrinations est une gageure. Le
pouvoir des mots a des limites ; les sensations et les émotions se vivent.
« Raconter » nos expériences permet néanmoins d’offrir à la famille,
aux amis et aux sympathisants un aperçu de nos découvertes, de ce qui nous a
fait vibrer pendant ces douze mois.
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Parvis amirauté |
Parvis de l’Amirauté, en présence
d’officiels, Hubert, notre président et commodore de l’expédition se lance dans
un discours à l’américaine. A
l’attention de notre comité d’accueil, Hubert présente la synthèse de nos
navigations outre-Atlantique, des moments forts de notre périple, des
expériences maritimes certes mais aussi humaines. A leur tour, le Préfet
Maritime et le Maire de Toulon prennent la parole et saluent les
MédHermionistes, leur constance et leur audace.
Après une année à barouder sur l’eau,
le retour sur terre s’avère difficile.
Nous nous sentons étrangers à toutes ces turbulences qui nous entourent et plus du tout
en adéquation avec ce monde
retrouvé ; nous avons pris du recul, nous avons appris à nous libérer des
contingences matérielles inutiles, des préoccupations futiles. Nous retrouvons un univers renfermé
sur lui-même, des concitoyens aigris, des commerçants parfois peu aimables.
Bienvenue au pays des lamentations ! Les Cubains et les Haïtiens
étaient-ils mieux lotis que ces malheureux Français toujours
insatisfaits ?
Nous conservons néanmoins un moral d’acier et nous avons encore bien
des projets à l’étude dans notre escarcelle. L’aventure n’est jamais terminée,
les voyages forment la jeunesse…
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En haut trajet Canada vers Gibraltar - En bas trajet Gibraltar vers Toulon |
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(1)
Philéas a deux
quilles.
(2)
1 nautique
équivaut à 1851 m. 13 981 nq
correspond donc 25 893 km.
(3) Pays et
dépendances visités
-
Espagne :
Baléares (4 îles : Minorque –
Majorque – Ibiza et Formentera) -
-
Espagne :
La Linea et Carthagène.
-
Espagne :
Canaries (2 îles : Graciosa et
Lanzarote)
-
Gibraltar
GB
-
Portugal :
Archipel de Madère (2 îles :
Porto Santo et Madère) -
-
Portugal :
Açores (5 îles : Florès – Faial
– Sao Jorge – Terceira et Santa Maria) -
-
Cap
Vert (4 îles+ 1 : Sal – Sao Nicolao – Santa Lucia et Sao Vicente + Sao Antao
sans Philéas)
-
La
Grenade (2 îles : Grenade et Cariacou)
-
Les
Grenadines (4 îles : Union –
Tobago cays – Canouan et Bequia)
-
Ste
Lucie
-
France :
Martinique
-
France :Guadeloupe
– Marie Galante – Les Saintes– Iles de la Petite Terre
-
France :
St Barth
-
France :
St Martin
-
France :
St Pierre et Miquelon
-
Porto
Rico (3 îles : Porto Rico –
Culebra et Vieques)
-
Haïti
(île à Vache)
-
Jamaïque
-
Cuba
et ses nombreuses îles
-
Etats-Unis
(une vingtaine d’escales dans 10 états)
-
Canada
(Nouvelle Ecosse et Cap Breton)
(4)
Etats visités :
-
Floride (Key West
et Miami)
-
Caroline du Nord
(Beaufort)
-
Delaware
-
Virginie (Norfolk
– Yorktown)
-
Washington DC
(sans Philéas)
-
Maryland
(Annapolis – Baltimore)
-
New Jersey (Cap
May)
-
New York (New York
et New Rochelle)
-
Connecticut (Newport)
-
Massachussetts (Plymouth
et Boston)
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