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mercredi 29 février 2012

8 - RETOUR VERS LA MARTINIQUE - Des Grenadines à Fort de France



26 janvier 2012 - Carriacou, « l’île entourée de récifs »


Carriacou contrairement aux autres îles des Grenadines visitées précédemment dépend de Grenade. Les premiers habitants furent les indiens Arawaks puis Caraïbes qui ont nommé Carriacou « le pays des récifs ». Carriacou fut colonisée par les français mais cédée en 1763 avec Grenade au Royaume-Uni avec le traité de Paris. On y retrouve une influence française dans les noms de villages et dans le patois créole local.

Le point d’entrée pour les formalités s’effectue à Hillsborough. Nous y mouillons une nuit et assistons aux répétitions des représentations organisées à l’occasion de la fête nationale. Le 7 février, les îliens fêteront le 38ème anniversaire de leur indépendance. Patriotes et très fiers d’appartenir à Grenade, les habitants pavoisent leur maison aux couleurs nationales. Il en est de même des commerces et bien sûr des édifices publics. Le long des routes et des rues tout ce qui peut revêtir les couleurs de l’indépendance l’est. Nous sommes gentiment conviés à assister aux répétitions.
Carriacou isolée à près de 20 milles nautiques (37 km) au nord de Grenade a conservé une certaine autonomie et des traditions culturelles et surtout spirituelles bien spécifiques.

Hillsborough , la capitale de l’île, nichée en bordure de la côte ouest ne compte que quelques rues bordées de cases ou de vieilles bâtisses dont certaines datent du XVIIIème siècle. En périphérie du bourg nous sommes frappés de voir un grand nombre de magnifiques maisons apparemment très récentes. De grands escaliers extérieurs en forme de Y renversé bordés de colonnes amènent à l’entrée. Nous nous étonnons de tant de richesse. Les véhicules rencontrés, tous des 4X4 flambants neufs et des minibus très récents ajoutent à notre surprise. Comment les habitants vivant essentiellement des ressources de la terre et de la mer peuvent-ils acquérir de si luxueuses villas et des véhicules si onéreux ? L’explication nous sera donnée plus tard. La majorité des propriétaires serait des autochtones de retour au pays après s’être expatriés à l’étranger où ils auraient fait fortune. En effet beaucoup de carriacouans ont émigré au Royaume-Uni, aux Etats-Unis ou dans les autres îles des Antilles à cause du manque d'emploi sur l’île. Ils retournent au pays natal pour les vacances ou pour y prendre leur retraite.
Dans la bay d’Hillsborough, le mouillage est assez inconfortable, nous quittons ce lieu pour faire route vers Tyrell bay. Nous passons par Sandy Island, charmant mouillage classé réserve marine.

Le site de Tyrell bay n’est pas paradisiaque mais l’amabilité des habitants nous séduit. Ici pas de gros voilier luxueux et pas de voilier de location. Carriacou  située au sud des îles Grenadines de St Vincent ne s’intègre guère aux programmes de croisière à la semaine déjà chargés. Cet isolement maintient la dernière des Grenadines hors de la fréquentation touristique intense. Son caractère authentique en est ainsi préservé. La sécurité de l’abri nous permet de visiter l’île avec Simon, qui s’improvise guide, avec son 4X4-sûrement le seul déglingué de l’île.

Au village de Winward sur la côte au vent se perpétue la construction de «bateaux-pays»  avec la même technique et les mêmes outils rudimentaires d’antan. La construction ne se fait pas sur plan mais « à l’œil ». Les habitants du village sont pour la plupart des descendants d'écossais et d'irlandais.

Construction d'un bateau pays
 
L’intérieur de l’île est vallonné. Un massif dont les sommets atteignent presque 300 m occupe le centre de l’île du nord au sud. Du sommet nous profitons d’un beau point de vue sur la baie d’Hillsborough et de ses îlots. De l’autre côté un superbe panorama sur Petite Martinique et de Petit Saint Vincent.
La plupart des anciennes plantations ont été reconverties en petites cultures et en pâturages. Manguiers, bananiers, papayers, arbres à pain prolifèrent ici. De nombreuses chèvres élevées pour la viande et non pour le fromage broutent paisiblement.

Le calendrier affiche déjà fin janvier. Nous n’avons pas le temps matériel pour aller faire un tour à Grenade, et oui même en vacances la roue du temps tourne trop vite ! « Oh temps suspend ton vol… » Rien à faire notre message n’est pas entendu !  Il nous faut penser à remonter vers la Martinique où une V.I.P., notre fille Amélie, doit nous rejoindre pour une semaine de vacances.


Ile de Petit Saint Vincent


Toujours au près serré nous quittons Carriacou en direction d’Union. Le vent de nord-est nous contraint à tirer des bords si bien que nous sommes si proches de Petit Saint Vincent que nous décidons d’y faire relâche. Face à nous une magnifique plage de sable blanc nous fait de l’œil.
Comment résister ? L’ancre a du mal à crocher. Elle chasse et nous devons la remonter pour mouiller un peu plus loin sur un fonds moins rebelle.
Petit Saint Vincent  est la dernière île des Grenadines dépendant de St Vincent. Un relief assez élevé constitué par deux collines, une immense barrière de corail et de très jolies plages sous le vent font de PSV une petite île assez attrayante, à condition toutefois d’être autorisé à la visiter. En effet PSV est une île privée. Le PSV Resort construit par un businessman américain, actuellement géré par sa veuve, offre à ses clients des bungalows de luxe. Les hôtes sont choyés. Sur l’île la règle d’or est la quiétude. Pas de téléphone, pas de télévision, pas de casino ou de cabaret. Chaque bungalow est équipé d’un mat de pavillon utilisé, non pas pour hisser les couleurs nationales, mais pour appeler, selon un code de couleurs bien défini, le personnel en cas de besoin. Les employés sont à leur écoute et doivent surtout disposer d’une bonne vue et ne pas être daltoniens ! Des gardes patrouillent en permanence et veillent au respect de la quiétude des clients.
Nous débarquons sur l’île et nous engageons sur la plage pour une petite ballade. Impossible nous ne sommes pas clients et le périmètre autorisé aux plaisanciers est réduit à peau de chagrin. Nous pouvons toutefois consommer un verre au bar …et profiter de la mer sans restriction. Nous ne nous éternisons pas sur cette île sur laquelle des gardiens (de la paix) surgissent tous les 100 mètres. 


Plage de Petit St Vincent
  
Ile d’Union

Nous quittons le mouillage de PSV à l’aurore le lendemain matin et atteignons Union rapidement. De nombreux hauts fonds bordent la côte menant à Clifton. Bien des bateaux y finirent leurs jours. Nous espérons naviguer encore quelques mois aux Antilles et ne souhaitons pas vraiment raccourcir notre séjour. Nous restons vigilants et respectons scrupuleusement les instructions nautiques. De vigie plage avant, telle une figure de proue, je veille à ce qu’aucun récif malin ne se jette sur PHILEAS. Nous prenons un corps mort juste derrière la barrière de corail après avoir contourné les récifs. Ce mouillage est magnifique, l’eau limpide révèle là aussi un caléidoscope de couleurs qui séduit immédiatement même les plus insensibles. 

Barrière de corail à Clifton
                                                                                                                      
A terre, Clifton, capitale de cette petite île, est très colorée, tout particulièrement le marché aux fruits et aux légumes. Ici du bleu pour le stand de Jenny, du rose pour celui d’Eileen qui vous propose aussi des jus de fruits frais divins. L’art d’attirer le regard du chaland ! Robert, un français, installé là-bas avec sa famille après avoir navigué sur un catamaran de 20 mètres, y tient une petite boutique d’art et propose des peintures régionales et de l’artisanat local. Son épouse confectionne des bijoux fantaisie.

Vue de Clifton
 Laurent, un autre français, natif du Jura, est arrivé à Clifton il y a 17 ans en voilier avec un skipper. Il est tombé amoureux d’Union et n’est jamais reparti (sauf pour des vacances dans le Jura et à Sollies Pont*). Shipchandler, mécanicien, il nous a été d’un grand secours. La commande de notre guindeau a décidé de finir ses jours à PSV. Très ennuyeux ! Laurent a trouvé une solution en connectant à une télécommande usagée (qu’il avait conservé au cas où) le cordon électrique en bon état de la nôtre. Réparation efficace à moindre coût. Quel soulagement pour nos biceps. Pas besoin de remonter 20 à 30 mètres de chaîne à la force de nos bras de quinquagénaires ! 

Que demandez de plus ?
 Nous poursuivons notre route vers le nord et arrivons bien salés- Philéas et équipage- à BEQUIA (lire Bécoué). Nous connaissons déjà le mouillage de Port Elizabeth pour y avoir fait une brève escale il y a deux semaines. Nous entendons cette fois visiter l’intérieur de l’île et la côte au vent.


Ile de Bequia


Retour à BEQUIA où nous prenons cette fois le temps de visiter l'intérieur de l'île. BEQUIA est une île de marins et de bateaux. Les traditions ancestrales y perdurent encore. Les bateaux sont construits sur la plage sans plan et avec des outils traditionnels. La chasse à la baleine à bosse est encore autorisée mais les prises sont rares car peu de pêcheurs sur l’île  ont encore l'expérience nécessaire pour les chasser. Les baleiniers sont autorisés à capturer 4 baleines par an. La chasse s'effectue à bord d'une baleinière, au moyen de harpons lancés à la main. En cas de capture la baleine est remorquée sur la plage pour y être dépecée. B. Bardot n'a pas encore d'adeptes dans ce petit coin du monde.
Notre visite de l'île nous permet de découvrir des paysages magnifiques. Du mont Pleasant nous surplombons l'admiralty bay où Philéas est mouillé.


Sur les routes de BEQUIA

Au nord-est de l'île, à Park beach, nous rencontrons un passionné de tortues. Depuis 1995 il consacre son temps à la protection des tortues de mer, espèce en voie de disparition. Mr Orton G. Brother King  a plaisir à nous présenter sa réserve regroupant 200 tortues de toutes tailles. Le site est bordé de plages de sable doré dont plusieurs sont à l'abri, encastrées dans de superbes criques.

Admiralty bay en contrebas
3 février 2012 – Ile de St Vincent


Il est temps de faire route vers St Vincent, la plus grande des îles Grenadines mais certainement la moins visitée. Elle a obtenu son indépendance de la Grande Bretagne en 1979. La majorité des habitants vit au bord de la mer car la géographie de l'ile est accidentée. Née des feux de la Soufrière, cette île tranche sur la carte postale des Grenadines avec ses plages de sable noir. La partie intérieure de l'île est très montagneuse et recouverte d'une vaste forêt tropicale.  Le tourisme y est assez peu développé contrairement à ses dépendances des Grenadines.  Cependant la découverte de l'île offre de nombreux sites naturels qui valent essentiellement par leur aspect sauvage et par leur végétation luxuriante.
L'agriculture est le 1er secteur économique de St Vincent. La terre de cette île volcanique est très riche. Les habitants cultivent des fruits et légumes tropicaux et du ganja (cannabis local). A ce propos Chateaubelair, bourg situé sur la côte nord-ouest est considéré comme la plaque tournante de la région pour le trafic de drogue. Les voiliers dérangent et n'y sont pas les bienvenus. Le comportement agressif des trafiquants est dissuasif et peu de plaisanciers choisissent d’y faire escale.
Nous faisons escale à Wallilabou, au cœur de St Vincent. Les fonds sont profonds. Des boat-boys nous proposent leurs services pour prendre un corps mort et pour amarrer l’arrière de Philéas sur la berge.
 En 2003, Wallilabou a été pendant 6 mois le site principal du tournage du film "le pirate des Caraïbes". Les décors du film, quelque peu décrépis, restent visibles et attirent les plaisanciers de passage. Des photos des acteurs prises pendant le tournage (Johny Depp, Orlando Blum....) sont exposées dans une des bâtisses. Pendant toute la période du tournage, la baie a été interdite aux plaisanciers.

Site du tournage du film "le pirate des Caraïbes
 

Non loin de Wallilabou, à 15 minutes de marche, au cœur d'un jardin botanique financé par des fonds de l'Union Européenne, une petite cascade offre un moment de détente aux visiteurs qui souhaitent se baigner dans ses eaux fraiches
Kingstown, la capitale de l'île se trouve au sud-ouest. Nous nous y rendons  en bus local. Une heure de grand danger, du moins c'est ainsi que nous le percevons !  Le chauffeur roule "à tombeau ouvert" sans se soucier des virages et des piétons. Le code de la route est inexistant ; les dépassements en plein virage ou dans une côte n'étonnent personne. Les mains du chauffeur,  bien loin de la position à 10h10 enseignée dans nos auto-écoles,  s'emmêlent, se croisent, font des nœuds. Les inspecteurs d'auto-école français délivreraient bien peu de permis ! Nous avons le sentiment de risquer davantage notre vie ici qu'en traversant l'océan par fort coup de vent. Dans le minibus, les passagers s'entassent au fur et à mesure des arrêts. Pas d'espace perdu. A chaque arrêt s'installe un jeu de chaises musicales. Des passagers descendent pour en laisser monter d'autres dans un petit coin et remontent à bord. Parfois le chauffeur fait un détour pour récupérer un colis qu'il livrera en route, ou pour prendre un passager dans la ruelle d'un village. Le client bien souvent ne se hâte pas. Nous attendons son bon vouloir, puis poursuivons notre route jusqu'à l'arrêt suivant. Lorsque le chauffeur estime que le bus est complet nous filons vers notre destination. La musique reggae fait partie du voyage. Les haut-parleurs sont de bonne qualité !! Au bout d'une heure nous arrivons à Kingstown. Samedi, jour de marché, la ville grouille de monde. Nous découvrons enfin un vrai marché avec des nombreux étals. Les fruits et légumes appellent le consommateur. Nous y complèterons l'avitaillement du bord.

Au retour l'entassement est à son paroxysme. Les colis et provisions s'ajoutent aux passagers. Je suis coincée au milieu du bus sans espoir de bouger un orteil ! Très vite j'ai une crampe et ai hâte que le bus s'allège. Christian quant à lui, insensible à l’inconfort, s’endort profondément …
Nous poursuivons notre voyage jusqu'à Chateaubelair. A défaut de nous y rendre par la mer nous empruntons la route. De Wallilabou à Chateaubelair la route étroite devient  beaucoup plus sinueuse et montagneuse que celle menant à la capitale. Les paysages sont magnifiques. Tantôt la mer nous accompagne, tantôt la montagne s'impose. Chateaubelair finalement n'a rien d'attrayant. Sur la plage de sable noir nous sommes abordés par un riverain qui s'enquiert de la raison de notre présence. Nous nous installons face à la mer dans l'unique bar-restaurant de la plage et observons les habitués des lieux. Parmi eux des jeunes hommes parés de grosses chaînes en or autour du cou.
Le lendemain matin aux premières lueurs de l'aube nous appareillons pour La Soufrière de Ste Lucie avec un vent de secteur nord-est de force 6.    

Ile Ste Lucie



Très au large de la Soufrière, nous sommes abordés par Africa, un boat-boy qui nous propose un corps mort. Nous déclinons mais le speed boat nous suit. Arrivés sur place le mouillage est encombré. Le boat-boy réitère son offre. Nous nous amarrons à une bouée devant le village de pêcheurs. Il s'empresse d'encaisser le prix de la location de la bouée, qu'il affirme lui appartenir et ne s'attarde pas.

Très vite le véritable propriétaire, un pêcheur, se fait connaître. Il connaît bien Africa pour sa mauvaise réputation. Pas question pour lui de récupérer son auprès de ce boat-boy malhonnête et violent. Gentiment, il nous permet de rester la nuit.  Nous n'avons pas l'intention de rester davantage. Nous devons être à  Fort de France au plus tard dans deux jours.

Pendant le bref séjour de notre fille nous partageons notre temps entre la Martinique et  Ste Lucie. Les 2 pitons à Ste Lucie méritent bien de traverser à nouveau le canal et nous tenons à lui faire découvrir ce mouillage agréable et les alentours.
  


Notre prochaine destination sera La Dominique après une petite escale technique au Marin en Martinique pour maintenance. 

 

Note :
 

* Solliès Pont est situé à une dizaine de kilomètres de Toulon  
 

mercredi 25 janvier 2012

7 - LES GRENADINES

PHILEAS en Martinique - 11 décembre 2011 au 15 janvier 2012

Après deux mois de navigation parfois dans des conditions musclées, l'équipage de PHILEAS, enfin Christian et Brigitte, Jean-Pierre ayant débarqué à Fort de France le 16 décembre, s'offre un mois de navigation à la journée entre Ste Pierre, au nord et le MARIN au sud et de farniente en Martinique.Nous retrouvons toujours avec plaisir nos amis medatlantistes au hasard d'un mouillage. Nos rencontres sont bien souvent l'occasion de siroter un ti'punch ou un rhum arrangé à bord de l'un ou l'autre voilier. Nous contribuons ainsi au maintien de la tradition martiniquaise... N’ayez crainte nous veillons à ne pas finir alcoolique !!!Les jeunes Martiniquais, quant à eux considèrent que le rhum est une boisson de "vieux" et lors de leurs fêtes, il est de bon ton d'apporter une bouteille de champagne.
Nous avons délaissé les paysages "carte postale" du Sud et ses mouillages fréquentés pour St Pierre, commune pittoresque du nord de l'île, située au pied de la montagne pelée. Avant le 8  mai 1902, le "petit Paris" des Antilles possèdait un théâtre, ses consulats, son jardin botanique et son architecture unique. L'éruption de la montagne pelée a malheureusement détruit les habitations. Depuis 1990, St Pierre est classée ville d'art et d'histoire.

L'équipage de Philéas s'est bien adapté au style de vie local. Nos navigations sont rarement un long fleuve tranquille. Rien à voir avec la navigation estivale en méditerranée. Le vent ne souffle jamais en dessous de 20 noeuds et la houle est omniprésente. Au portant tout va bien mais au près serré le temps de navigation s'allonge. Il faut tirer des bords, ce qui est bien souvent le cas entre le Diamant et le Marin, ou faire route au moteur pour ceux qui en ont un assez puissant. Dans ces conditions la côte Est (côte atlantique), avec ses nombreux hauts fonds et le ressac important, n'est guère accessible sauf à être téméraire. Peu importe la côte caraïbe ne manque pas de charme. Grande Anse d'Arlet, où nous avons fêté Noël avec Clarisse et Denys, à bord de P'tit Mousse puis la St Sylvestre avec les équipages et amis de Bellatrix, de Deo Gratias, de Babur Amor et de Clara, est un plaisir pour les yeux. Le mouillage devant une grande plage jonchée de cocotiers avec en arrière plan une végétation luxuriante y est très agréable. Après les averses tropicales, les arcs en ciel sont toujours un ravissement.

Christian devant St Pierre
Côté relations humaines, nous sommes agréablement surpris. La population n'est pas hostile bien au contraire même à Fort de France. Nous avons le privilège d'être invités à une fête privée. Notre hôte est à nos petits soins, nous expliquant les us et coutumes martiniquais. Les mets y sont légions et les convives cordiaux.


PHILEAS A STE LUCIE - 16 au 18 janvier 2012


Le 16 janvier après quelques travaux de réparation, Philéas appareille pour Ste Lucie. Ste Lucie, la plus petite île de la Caraïbe est à 40 km au sud de la Martinique. On y parle anglais et un créole proche de celui de la Martinique. L'île fut découverte en 1502 par Christophe Colomb lors de son 4ème voyage vers les Caraïbes. Les Français y arrivèrent en 1651. De 1660 à 1814 Français et Anglais s'affrontèrent pour la possession de l'île qui changea 14 fois de mains. La bataille la plus mémorable eut lieu en 1780 lorsque l'amiral Rodney, à la tête de la flotte anglaise, surprend les navires français commandés par l'amiral de Grasse à Pigeon Island. Ste Lucie a gagné son indépendance en 1979.

Le vent dans le canal séparant la Martinique de Ste Lucie atteint force 6 et la houle 2,20 à 2,50 mètres. Philéas file 7 noeuds. En 4 heures nous arrivons à Rodney marina où nous effectuons les formalités d'immigration et de douane. La marina fréquentée par les voiliers participant à l'A.R.C. (Atlantic Rallye Crossing) est moderne et bien équipée mais très impersonnelle. Les voiliers accostés ont tous une taille moyenne tournant autour de 49-50 pieds. Philéas avec ses 34 pieds est bien petit....

Philéas à Rodney marina

Dès le lendemain, une fois le plein d'eau effectué, nous faisons route vers Marigot Bay, crique qualifiée de " crique carte postale" par tous les guides touristiques. Nichée dans une anse complètement fermée, elle est bordée de sable blanc, cocotiers et palétuviers. Le film "docteur Dolittle" y a été tourné il y a quelques années. Sur le pourtour de cette baie se dressent hôtels, restaurants et bars aux couleurs chamarrées. Le mouillage se fait sur bouées si rapprochées les unes des autres que les voiliers s'entassent beaucoup trop à notre goût. Un tel encombrement rompt le charme de ce mouillage jadis certainement enchanteur mais qui a perdu de son cachet. Des vendeurs en bateau (boat boys) nous proposent poissons, fruits et légumes locaux. Corossols et rougets feront notre affaire. Le lendemain dès l'aube nous quittons sans regret ce mouillage en direction des 2 pitons. Le mouillage y est prisé mais le nombre de place limité. Mieux vaut ne pas traîner.

  Les deux pitons de Ste Lucie vus de PHILEAS - Spectacle fascinant
Nous longeons la côte et sommes captivés par les paysages magnifiques qui déroulent sous nos yeux. En arrivant à la Soufrière, la végétation devient de plus en plus dense. La Soufrière est la première ville construite sur l'île en 1764. Elle a aussi été la première capitale de l'île. Mais en raison du danger latent représenté par le volcan, elle a été délaissée pour Castries.
                                     La Soufrière





Nous poursuivons notre route et mouillons entre les 2 pitons, pains de sucre jumeaux qui plongent à 800 mètres dans la mer. Les 2 pitons résultent d'anciennes éruptions volcaniques. Ces deux impressionnantes montagnes, en forme de triangle, revêtues d'un épais manteau émeraude charment le navigateur. Le mouillage n'est pas encombré. Nous sommes aux anges même si une odeur de soufre est omniprésente. Cette odeur suscite des souvenirs d'un précédent séjour en Nouvelle Zélande, souvenir d'une odeur acre qui nous avait réveillés en pleine nuit....
Baie et village de la Soufrière

Captain Bob nous accueille et nous organise une excursion au jardin botanique de Toraille et au parc naturel de Sulphur springs. Sur place nous rencontrons Joël responsable de la section voile au club nautique de la base navale de Fort de France. Au mouillage de la Soufrière nous croisons Hubert et ses amis de retour des îles Grenadines. Nous n'avons malheureusement le temps de nous attarder, captain Bob nous emmène à terre pour notre excursion.

PHILEAS AUX GRENADINES DE ST VINCENT - 19 au 25 janvier 2012


B E Q U I A 
prononcez Bécoué

Le 19 janvier au matin nous quittons avec regrets ce mouillage idyllique non sans jeter un coup d'oeil en arrière vers les 2 pitons charmeurs. Ste Lucie s'éloigne peu à peu et l'archipel des Grenadines se dessine devant Philéas. St Vincent, Bequia, Moustique, Canouan, Mayreau, Union, Tobago Cays.... impossible d'énumérer les 32 îles composant l'archipel. 

Lycéens à Bequia
Pour les navigateurs Port Elizabeth à Bequia est le passage obligé pour effectuer les formalités d'immigration. Port Elizabeth est un petit port pittoresque où il est agréable de flâner.


MOUSTIQUE

Le 20 janvier nous jetons l'ancre à Moustique, paradis des S.D.F. Mais ne vous y trompez pas il s'agit bien sûr du paradis des "Sans Difficulté Financière", le royaume des milliardaires ! Royaume est bien le terme adéquat. Allons voir de plus près à terre. Les gardes nous accueillent et nous informent qu'il est interdit de photographier et qu'une infime partie des 6 km2 est accessible aux touristes pour les jours à venir, sans autre explication. A Moustique résident des milliardaires dans de majestueuses villas bien gardées. De grands noms du show-biz et de la jet set internationale y ont jeté l'ancre : Mick Jagger, Raquel Welch, David Bowie....


Christian au paradis des S.D.F.

Aucune construction à outrance ou de goût douteux ne défigure les plages bordant Moustique. Les milliardaires veillent à la préservation de leur île ! Sur l'eau notre voisin le plus proche, Eclipse, est un yacht battant pavillon britannique, d'au moins 50 mètres, 7 ponts, transportant sur une plate-forme arrière un hélicoptère. Deux petits chalands de débarquement complètent l'armement de cet impressionnant yacht. Eclipse dispose d'autant de moyens de communication qu'un bâtiment de guerre. Nous assistons aux débarquements vers la plage de ses passagers V.I.P. Passagers sous haute protection. Trois à quatre gardes du corps restent en permanence en faction prêts à intervenir au moindre problème : un parasol qui s'envole..., des curieux qui s'approcheraient trop près. C'est l'ambiance Moustique.

Rencontre d'Eclipse et Philéas. Un moustique à côté d'un géant...

                                   

Arrivés en fin d'après midi le 1er jour nous y passons deux nuits mémorables, mémorables car le mouillage est rouleur, très rouleur. Nous y dormons d'un sommeil de bébé : 20 minutes de sommeil, réveil par un coup de roulis plus violent que les autres, une heure pour se rendormir et ça recommence... A la différence des bébés, nous ne pleurons pas entre les différentes phases !


MAYREAU 


est notre destination suivante. Le vent a encore forci et la houle est d'au moins 2,5 mètres. Pas question de se faire secouer au mouillage. Saline bay nous offre un bon abri. Le temps est à la pluie et la visibilité très médiocre. Un vrai temps du nord de la France mais avec des températures agréables tout de même. Un mythe s'écroule pour le lecteur : et non il ne fait pas toujours beau aux Antilles ! Sinon comment justifier cette végétation si dense et l'abondance de la flore aux couleurs chatoyantes!



Mayreau

Mayreau fait partie des Tobago Cays. L'île est restée sauvage à l'écart de l'assaut des touristes et le village mérite un détour. Côté ouest de l'île se dessine "Union" tandis qu'à l'ouest une immense plage de sable blanc déserte, bordée de cocotiers et palétuviers, veille sur ses petites soeurs des Tobago Cays. Le spectacle est magnifique et n'a rien à envier à Moustique. Ici pas de V.I.P. mais de nombreux oiseaux de mer s'approvisionnent en poissons frais, ils survolent, planent, descendent en piqué et plongent sur le mets élu plat du jour .... Assis sur la plage nous observons cette danse du ventre !


TOBAGO CAYS


Nous nous décidons tout de même à appareiller pour les Tobago Cays et faisons route contre vent et  forte houle (2,5 mètres). Heureusement la distance à parcourir est faible. Nous embarquons des paquets de mer, passagers clandestins sans gêne. La mer est mal pavée, les hauts fonds sont nombreux. Nous suivons méticuleusement l'alignement indiqué sur la carte nous ouvrant les portes de cette réserve maritime naturelle renommée. Sur les cartes  les Tobago Cays apparaissent comme cinq petits îlots déserts d'habitants (Petit Rameau, Petit Bateau, Baradel, Jamesby et Petit Tabac) perdus dans une multitude de coraux, accessibles par de multiples passes, protégées du large par une grande barrière de corail appelée le "fer à cheval", et une autre plus à l'Est, le récif de "la fin du monde". Les couleurs de la mer, de la plage et des récifs sont un kaléidoscope d'or, de brun, de bleu turquoise, de bleu cristallin et de vert émeraude.



 Magie des couleurs aux Tobagos Cays


Le seul bémol est le taux de fréquentation élevé. Le nombre de voiliers mouillés est impressionnant. Le mouillage est cosmopolite. Nous y rencontrons de nombreux Anglais, Canadiens, Norvégiens, Danois, Suédois, Allemands, Belges, Suisses et même un Polonais et deux Autrichiens et bien sûr beaucoup de Français. Les deux tiers des voiliers rencontrés sont des bateaux de location avec ou sans skipper professionnel. En général ils s'attardent peu, faute de temps.

Nous avons le temps et restons deux jours pour explorer les fonds sous-marins et rendre visite aux nombreuses tortues qui n'ont pas à se soucier des prédateurs.




Notre prochaine destination est les Grenadines de Grenade avant d'amorcer la remontée vers la Martinique où nous devons être le 10 février pour accueillir Amélie, notre fille, pour une semaine de vacances. Formalités de sortie des Grenadines effectuées à UNION nous faisons route vers Carriacou.

mardi 20 décembre 2011

6 - Du Cap Vert aux Antilles


Vendredi 25 novembre, 15 heures, après une escale au Cap Vert fort appréciée, nous larguons les amarres pour la plus grande traversée de notre rallye, la traversée de l’océan Atlantique. 2100 miles nautiques (3890 km) nous séparent des Antilles que nous entendons parcourir en plus ou moins dix sept jours si les alizés le veulent bien…

Nous gardons jusqu’à la nuit le contact radio avec les deux autres voiliers medatlantistes, Deo Gratias et Babur Amor, partis une heure avant nous de la marina de Mindelo. Pendant quelques heures San Antao avec ses sommets à plus de 2000 mètres d’altitude retient le vent jalousement. Notre vitesse tombe.

Samedi 26 novembre - Spi hissé nous filons 6 noeuds sous 10 noeuds de vent. Plus de trace de Deo Gracias que nous avons doublé dans la nuit, ni de Babur Amor. La portée de nos VHF étant limitée à moins de 10 miles nautiques. Dix heures, plusieurs bancs d’exocets m’offrent un ballet matinal. JP et Christian récupèrent de leur quart nocturne. Dommage je ne peux partager ce spectacle avec eux.

27 novembre au matin - Un exocet est venu s’échouer dans le cockpit durant la nuit. Comme chaque matin, j’observe les oiseaux de mer volant en rase-mottes au dessus de l’océan en quête de leur « plat du jour ».

30 novembre, 5ème jour de navigation – Nous avons parcouru un tiers de la distance nous séparant des Antilles. Les journées s’enchaînent et se déroulent paisiblement. Chacun a pris ses petites habitudes. JP est le préposé à la pêche. Nos stocks en produits frais s’amenuisent et le poisson est toujours le bienvenu. Aujourd’hui la prise aurait pu être de taille mais le rebelle en a décidé autrement. Il a sectionné le bas de ligne, pourtant en acier, et gardé le rapala !
Midi, l’heure de la méridienne – Christian se cale au mieux pour la visée avec le sextant. Par mer bien formée, poser le soleil sur l’horizon n’est pas un exercice aisé.

Cuisiner est tout aussi acrobatique. Généralement je m’installe dans le cockpit pour éplucher, couper et laver les légumes. En revanche la partie cuisson relève bien souvent d’un véritable tour de force. Les casseroles verrouillées sur la gazinière à balancier tanguent au gré de la houle. Je me cale tant bien que mal, buste en avant et jambes écartées pour un meilleur appui, entre le plan de travail et la plaque de cuisson. Rien ne doit être posé au hasard. Un coup de roulis et aliments et ustensiles s’essaient au saut en hauteur au milieu du carré ! Tout doit être sécurisé sur un tapis antidérapant ou mieux dans l’évier. Il n’est pas rare que la mer taquine me contraigne à quelques pas de danse inopinés à la Mickaël Jackson. Je me retrouve alors stoppée dans mon élan par la table à cartes, ustensiles et aliments en mains… J’enrage mais à quoi bon, je n’aurais pas le dernier mot…

3 décembre – Dans la nuit et ce matin des marsouins sont venus nous saluer en effectuant un ballet aquatique autour de Philéas. Les marsouins sont reconnaissables à leur silhouette trapue et à leur tête sans rostre marqué. Leur dos est gris et leur ventre blanc, détails plus faciles à distinguer de jour !

4 décembre après midi – L’attention de JP est attirée par des geysers à répétitions. « Baleine à tribord ! » Nous le rejoignons sur le pont pour satisfaire notre curiosité. La rencontre avec des animaux marins est toujours un divertissement dont nous ne nous lassons pas. La baleine en question est en fait un cachalot. Philéas le rattrape mais reste à distance raisonnable. Prudence ! Il ressemble à un tronc d’arbre flottant. Ce grand odontocète est immobile à la surface de l’eau. Dort-il ? Si JP n’avait pas été alerté par son souffle, nous aurions pu passer à côté sans le voir. Nous n’osons imaginer la réaction du cachalot si nous l’avions percuté pendant son sommeil…

5 décembre – Nous sommes gâtés. Cette fois-ci ce sont des dauphins qui nous rendent une petite visite de courtoisie. Ils ne s’attardent pas aujourd’hui, quelques passages sous Philéas et ils poursuivent leur route.

5 au 6 décembre – Panne d’alizés. Nous avons parcouru les deux tiers de notre route avec les alizés en poupe, passant d’une mer agitée à forte certes, ne ménageant point notre sens de l’équilibre mais nous avancions. Dans la nuit changement de programme, le vent tourne, des grains s’enchainent à partir de minuit. Nous passons du portant au près puis en début d’après midi le vent mollit peu à peu. Fin de notre vitesse de croisière. Le mouvement de grève des alizés annoncés par les fichiers GRIB se confirme. Aucune négociation avec Eole possible ! Une seule certitude, il nous reste à parcourir plus 400 miles nautiques (740 km).

Mais où sont passés les alizés

Mercredi 7 décembre – le syndicat des fichiers GRIB annonce une prolongation de la grève des alizés jusqu’à dimanche au moins. Cinq jours supplémentaires…..!!!! Notre comité d’accueil à Fort de France va devoir nous attendre ! Notre progression, à la voile malgré tout, s’en trouve ralentie : entre 4 et 5 miles nautiques par heure au lieu des 6-7 habituels. Nous gardons la ressource « propulsion moteur » pour la configuration « pétole totale ». Les grandes vacances des alizés 400 miles nautiques trop tôt donnent à la dernière ligne droite de notre rallye MedAtlan un air de navigation estivale en Méditerranée.

Vendredi 9 décembre – Les alizés se font toujours désirer. Nous faisons contre mauvaise fortune bon coeur. Wait and see ! La position des autres voiliers reçue ce matin nous réserve une agréable surprise. P’tit Mousse est à quelques miles sur notre arrière bâbord. Contact VHF pris nous décidons de l’attendre et de faire route ensemble jusqu’en Martinique. Pour fêter nos retrouvailles nous naviguons à couple histoire d’échanger quelques paroles de marins et procédons à un ravitaillement à la mer, chocolat contre raisins secs, en attendant mieux.

Ravitaillement à la mer avec P'tit Mousse

Philéas lors du ravitaillement

Samedi 10 décembre – Nous touchons un peu de vent. C’est bon pour le moral. P’tit mousse plus lourd et moins toilé a du mal à suivre. Nous réduisons notre voilure pour arriver ensemble au marin dans…50 nautiques.

Ziiiiiiiiip…. Notre ligne s’affole, nous avons un seulement une touche mais un poisson de bonne taille. Déjeuner assuré ! La superbe daurade coryphène est presque dans notre épuisette, nous salivons déjà à l’idée de partager notre prise avec P’tit Mousse mais….. zut, elle se décroche 2 secondes avant que je ne puisse la remonter à bord.
Fin d’après midi, le vent mollit encore. P’tit Mousse, inquiet, surveille de près sa jauge de gazole déjà dans le rouge depuis quelques heures. Nous lui proposons de lui passer une remorque jusqu’à l’arrivée. A 18 heures, Philéas prend une allure de « cano’t » de la SNSM (société nationale de sauvetage en mer) au secours de P’tit Mousse. Sous la direction de Christian, notre skipper, ex-maître de manoeuvre la remorque presque aux normes Marine Nationale est parée : pattes d’oie, 60 mètres de remorque, une pantoire en chaîne maillée par une grosse manille à une élingue. Philéas se présente à l’avant de P’tit Mousse pour lui envoyer son lance-amarre. C’est parti pour 22 nautiques ! L’attelage file une vitesse variant une vitesse variant entre 3,5 noeuds sous courant favorable et 2 noeuds à contre courant en direction du mouillage de Sainte Anne, pointe sud de la Martinique.
Remorquage de P'tit Mousse
Philéas remorquant P'tit Mousse
Nuit du 10 au 11 décembre – Séquence émotion

5 siècles après Christophe Colomb, 59 jours depuis notre départ de Toulon, 4735 miles nautiques (8770 km) parcourus, la terre convoitée par les medatlantistes se dévoile devant nous. L’île de la Martinique nous attend, nous accueille. Nous nous délectons de ce moment magique. A ce moment précis nous oublions toutes les affres de la navigation, toutes les périodes difficiles que nous avons vécues depuis notre départ.

A 4 heures et quart, au clair de lune, nous mouillons la pioche après avoir largué la remorque de P’tit Mousse et attendons le petit jour pour rejoindre une partie de la flotte Medatlan à la marina du Marin.

Mardi 13 décembre - Nous faisons route vers la grande anse d’Arlet, point de rassemblement Medatlan. L’approche côté terre de la grande anse d’Arlet et ses villages de pêcheurs ne nous est pas inconnue. Nous n’imaginions pas à l’époque que deux ans plus tard nous jetterions l’ancre côté mer !


superbe arc en ciel grande anse d'Arlet
Mercredi 14 décembre - Journée de farniente.

Qu’il est doux de ne rien faire ! Début d’après midi des averses, violentes, comme bien souvent sous les tropiques, rafraichissent l’atmosphère et rincent abondamment les voiliers. Un superbe arc en ciel sous fond de végétation d’un vert soutenu se dessine sur le rivage. Puis, peu à peu des torrents d’eau boueuse dévalent la colline pour se jeter dans la mer. Le vert feuillage, les couleurs arc en ciel, le brun du torrent et le bleu de la mer offrent un tableau saisissant. Bientôt la mer perd sa couleur de carte postale. Plus question d’aller se baigner jusqu’à la prochaine marée !

En soirée, la petite escadre Medatlan se dirige vers la petite anse d’Arlet pour écouter les traditionnels « Chanté Noël ». Les chants de Noël » arrangés à la mode antillaise prennent ici des couleurs et surtout du rythme. Les Martiniquais se rendent au « dîner-concert » dans des restaurants de plein air. Au programme des chants de Noël accompagnés par une musique très rythmée. Etonnant mélange de chants religieux et de musique des îles aux rythmes endiablés. Au « chanté noël » la musique et la danse sont à l’honneur.

La Martinique et la Guadeloupe ont gardé une tradition dont l’origine remonte au Moyen Age, qui regroupe voisins, amis, parents, enfants et qui s’est perpétuée au cours des siècles : le « chanté Nwel ». Autrefois dans les cases les plus humbles, comme dans les plus belles maisons on se réunissait dès le coucher du soleil autour d’une table éclairée par une lampe à pétrole, un « lampion », une bougie ou sous la lumière crue d’une lampe électrique pour chanter en choeur ces cantiques. Aujourd’hui de nombreux groupes se sont créés pour chanter « Nwel » et la foule est nombreuse à venir les écouter mais aussi reprendre en choeur ces chants mélodieux. Ceux-ci étaient consignés et ils le sont encore, dans un petit recueil écorné, jauni par le temps que chacun se devait de posséder et de conserver précieusement. Il se transmettait parfois de génération en génération et ressortait des tiroirs dès les premiers jours de décembre. Mélange de profane et de sacré, ces cantiques, anciennes chansons populaires médiévales françaises de Noël dont on retrouve les traces dans des recueils du XVIIIème siècle, seraient plus précisément originaires des régions de Lyon et d’Avignon. Les textes sont en langue française avec parfois quelques passages en latin. Cependant, chaque cantique a son refrain en créole et ils ont pris des rythmes de biguine, de mazurka ou de valses créoles accompagnés des Ti-Bois, tambours et claquements des mains. De plus la société antillaise les a modelés à sa façon par des improvisations aux mots souvent très audacieux (à faire pâlir la Sainte Vierge…) qui s’interposent entre les refrains. On retrouve toujours les mêmes cantiques dont les principaux et les plus connus sont « Joseph mon cher fidèle », « Dans le calme de la nuit », « Allez mon voisin », « Il est né le divin enfant » et bien d’autres encore.

De la tradition ancestrale comme le Chanté Nwel aux traditions culinaires il n'y a qu'un pas.
Autrefois, lors des ces « chanté Nwel», on servait en dehors du traditionnel punch, du sirop d’orgeat aux dames, ainsi que du chocolat à l’eau épaissi au toloman pour se réchauffer du « froid piquant » des nuits de décembre…

Noël démarre donc bien avant le 25 décembre et dès la fin du mois de novembre, on prépare le « schrubb » avec des écorces d’oranges que l’on fait macérer dans du rhum au soleil. Celui-ci ainsi que les diverses liqueurs de cacao, de coco, n’étaient servis qu’à partir du jour de Noël.

La table est bien évidemment à l’honneur en ce jour de Fête Noël, les cuisinières préparent donc les recettes traditionnelles avec le cochon, le boudin créole, la viande pour les petits pâtés et le ragout bien épicé, sans oublier le traditionnel jambon caramélisé aussi appelé « jambon de Noël », un vrai régal.

Jeudi 15 décembre – Mouillage baie des Flamands

Un peu avant 08 heures, la flotte Medatlan appareille pour Fort de France. Les voiliers mouillent sous le Fort St Louis, fort du XVIIème siècle de type Vauban abritant la base navale où nous devons nous réunir pour un debriefing du rallye aller et évoquer les grandes lignes du rallye retour.

Réunion des médatlantistes au Fort St Louis

La flotte Medatlan baie des Flamands
A 18h30 nous sommes chaleureusement accueillis par le président du Yacht Club de Martinique. 

Un cocktail dinatoire est organisé en notre honneur avec une petite surprise fort agréable : une démonstration de danse antillaise. Biguine, Zouk, pensez-vous ? Point du tout. L’association Tradition Peyinois créée en 1992 nous présente le quadrille martiniquais. Étonnant métissage ! Une pincée de quadrille européen et une pincée de mélodies et de rythmes africains et la « haute-taille » ou « taille-haute », nom du quadrille des îles est né.

Quadrille martiniquais









La quadrille est une danse d’importation du 17ème siècle, d’origine européenne. Elle fut d’abord adoptée par les colons des milieux bourgeois puis par le milieu rural. Cette danse fut influencée par les 5 musiques qui existaient déjà dans les campagnes antillaises et pratiquées dans les caraïbes. Les différents mouvements sont dictés par un chanteur commandeur qui donne la cadence et le rythme. Les élégantes danseuses aux robes en madras et danseurs tout de blanc vêtu sont accompagnés par un orchestre où se côtoient accordéon, chacha (hochet) siyac (racleur) ou du tambour de basse (tambour sur cadre).
L’appellation martiniquaises de « haute-taille » ou « taille-haute » est sans doute liée au nom d’une coupe de robes très prisée par les dames pour aller au bal et qui leur faisait la taille haute, le nec plus ultra de l’époque.

Vendredi 16 décembre – Fin de Medatlan pour Jean-Pierre, notre équipier, qui s’envole vers Marseille des souvenirs plein la tête, des kilos en moins pense-t-il (mais le verdict de la balance à l’arrivée à Marseille sera tout autre. Il n’a finalement pas perdu un gramme pendant la traversée …). Jean-Pierre, notre marseillais, emporte avec lui sa bonne humeur, son entrain, et son accent chantant et laisse un vide cabine arrière.

Départ de Jean-Pierre
« Et maintenant qu’allons nous faire….. » ?

A nous le plan d’eau de l’Archipel des Caraïbes, le soleil, la mer, la biguine, cuisine antillaise, le rhum mais aussi les randonnées à l’intérieur de l’île (montagne pelée pour ne citée que celle-là) …. !

Entre la Floride et le Venezuela les îles des Caraïbes forment un arc de 2500 km. Cet archipel découvert par Christophe Colomb en 1492 sépare l’océan Atlantique de la mer des Caraïbes. Au nord se trouvent les Grandes Antilles. Au sud, les Petites Antilles comprennent du nord au sud les Iles Vierges (américaines et anglaises), Anguilla, St Martin en partie française et en partie néerlandaise, les Antilles néerlandaises, St Barthélémy (Fr*), Antigua et Barbuda, Montserrat, la Guadeloupe (Fr*), la Désirade (Fr*), les Saintes (Fr*), Marie Galante (Fr*), la Dominique ; la Martinique (Fr*), St Lucie, St Vincent et les Grenadines, La Barbade, Grenade, et Trinité et Tobago.

Les petites Antilles seront notre bassin de navigation pendant les 5 mois à venir. Mais 5 mois vont-ils être suffisants ?

La Martinique, département français depuis 1946, 80 km dans sa plus grande longueur et 39 km dans sa plus grande largeur, est située au centre de l’arc des Caraïbes. Les distances se révèlent toutefois trompeuses sur ces terres bosselées où le macadam tourbillonne comme une danseuse des îles entre deux haies de cannes à sucre ! Mais prendre son temps demeure une des premières vertus martiniquaises ! Parfait nous sommes en vacances….

Les Martiniquais sont 410 000, pratiquement tous métissés. Filles et fils de paysans bretons, marins espagnols, esclaves du Bénin marchands d’Asie ou fonctionnaires parisiens, ils ont aboli les frontières.

Le succès touristique de l’île repose sur deux atouts :

- la mer, d’abord. Omniprésente elle compose tous les paysages martiniquais. Plein sud, elle vient mourir en douceur sur les plages de sable blanc, révélant toute la magie de la mer des Caraïbes, cet immense bassin qui court depuis la Floride jusqu’au Venezuela. A l’opposé, cap au nord, et la voici qui se coiffe d’écume, se cogne aux falaises en vagues turbulentes, car ici ce sont l’Atlantique que nous avons traversé pour arriver à ce petit paradis et les vents du large qui lui donnent tout son caractère,

- le soleil, ensuite. Il est de toutes les saisons, même si, durant l’été, il partage le ciel avec ces grains qui redonnent couleur et vie à la nature des tropiques. Même si à l’automne en particulier, la station météo locale détecte parfois quelques cyclones qui, heureusement ne touchent pas tous terre mais dont les navigateurs que nous sommes doivent se méfier comme de la peste. Les Martiniquais le confessent volontiers : qu’on supprime « leur » soleil et c’est tout l’appétit qui s’en va, le bonheur qui bascule ! Heureusement rares sont les jours de l’année où il ne rayonne pas avec éclat.

Mais avant partir à la découverte de l’arc antillais, je me permets, en quelques lignes, d’être le porte-paroles de mes compagnons. Je ne pense pas mentir en affirmant qu’au terme de la partie Est-Ouest du Medatlan, la majorité des équipages, novice en matière de traversée de l’océan atlantique, est fière d’avoir su larguer les amarres pour relever le défi de cette traversée. Le rêve (d’adolescent pour certains) est devenu réalité.

Alain, skipper d’Embellie, excellent marin toujours serein, formé à l’école de la mer depuis des décennies fait figure d’exception avec 9 traversées à son actif.

L'école de la mer apprend l’humilité et révèle les véritables traits de caractère des équipiers. Il est difficile de dissimuler pendant 60 jours sa « vraie nature » dans un espace de vie restreint allant de 10 mètres à 14 mètres de long. La bonne entente n’est viable qu’au prix de concessions réciproques.

Expérience maritime et humaine ainsi fut Medatlan Est-Ouest et sera Medatlan Ouest-Est.  Quelle aventure !

Les Antilles en images
Le skipper

Le diamant
Philéas aux Antilles
Chez Malou  à Morne Rouge


NOTES

*Fr : Française