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samedi 17 mars 2012

10 - PHILEAS A MARIE GALANTE



  
10 mars 2012 -  6 heures du matin – En route vers Marie Galante

Nous laissons derrière nous la Dominique, cette île sauvage et attachante qui a su nous séduire dès les premiers instants de notre atterrissage.

Nous saisissons le cadeau offert par Éole ; un vent de sud-est force 4 favorable à une route directe vers Marie Galante. Pas de multiples bords à tirer pour rejoindre cette dépendance de la Guadeloupe si souvent délaissée par les navigateurs peu enclins à se compliquer la vie. Le marin au long court devient paresseux au fil des milles parcourus....

Bientôt la silhouette de Marie Galante se dessine à l'horizon. Sa forme circulaire à relief bas très caractéristique lui vaut le surnom de "grande galette". Mais attention les Marie- Galantais n'apprécient pas cette image peu flatteuse. Alors chut, gardez ce sobriquet pour vous. D’ailleurs dès que nous quitterons  les trois bourgs installés dans la plaine littorale, nous constaterons  que l'île n'est pas aussi plate qu'elle n'y paraît –son point culminant atteint 204 mètres-  et réserve une étonnante palette de paysages.

Marie Galante ne se laisse pas apprivoiser si facilement. Les abords de l'île sont piégés. Les mines en question n'explosent pas mais emprisonnent safrans, hélices ou quilles. D'innombrables filets et casiers sont mouillés tout le long de la côte, tels des soldats alignés de façon tantôt méthodique tantôt anarchique.  L'heure n'est pas à la rêverie mais à la veille attentive. Nous louvoyons entre les bouées et finalement affalons les voiles et manœuvrons au moteur à un demi nautique des passes.

Nous pénétrons dans le tout petit port de Grand Bourg et y jetons l'ancre en face du quai des pêcheurs entre  deux autres voiliers déjà mouillés. Le port de Grand Bourg peut accueillir 4 voiliers, 5 tout au plus. Il surprend par son côté anachronique et charme le navigateur. Où peut-on encore trouver des petits ports aux allures familiales autorisant le mouillage ? Certainement pas aux Antilles...


Matin et soir nous  saluons les pêcheurs -que nous avons tant maudits lors de notre approche de l'île-  rentrant avec leur cargaison de poissons. Les clients sont déjà sur le quai et attendent le débarquement de la pêche du jour en palabrant dans une ambiance chaleureuse pour passer le temps. S'agit-il de restaurateurs ayant passé commandes ? Oui
mais pas seulement. L’abondance de thons et dorades coryphènes permet de satisfaire professionnels de la restauration et particuliers. Avec plaisir je me rends sur le ponton quotidiennement  pour y faire mon marché. Les pêcheurs sont cordiaux et discutent avec plaisir. Ils me livrent les secrets de leurs techniques de pêche mais ne se gardent bien de dévoiler les sites de leur gagne-pain. Durant  tout notre séjour à Marie Galante nous sommes  la politesse des habitants qui nous saluent systématiquement comme si nous étions des enfants du pays.


Présentation de Marie Galante pour les curieux


Marie Galante fut la 1ère île de l'archipel guadeloupéen  à accueillir Colomb au cours de son 2ème voyage le 25 septembre 1493. Il en prit possession au nom de la couronne d'Espagne et la baptisa du nom de sa caravelle  "Marie Galanda".

D’un diamètre de 15  km et d'une superficie de 158  km², l'île compte  trois communes  et  12 410 habitants. Elle fait partie de l’archipel Guadeloupéen , département français depuis 1946 et région monodépartementale depuis 1982 au même titre que les îles Grande-Terre, Basse-Terre, Marie-Galante, Saint-Martin, Saint-Barthélemy, Terre de Haut, Terre de Bas et la Désirade.

Ile essentiellement rurale sur laquelle la culture de la canne est omniprésente, elle a su rester authentique (selon la formule à la mode) en marge d'un développement touristique effréné (à la mode). Ici pas de grand hôtel, pas de casino ou de grand yacht.

Grand Bourg, capitale de l'île et port d'arrivée des navettes en provenance de Guadeloupe n'est qu'un lieu de transit pour les touristes qui ne s'y attardent pas. A vrai dire le village ne présente que peu d'intérêt. Les édifices publics, notamment la mairie, mériteraient d'être sérieusement restaurés. En revanche les plages de sable fin et doré sont un appel à la baignade et au farniente. Sur sa façade orientale, Marie Galante présente des paysages abrupts et sauvages. Aux bas rivages sablonneux du couchant s'opposent des falaises escarpées où alternent dans un équilibre entre yin et yang anses et pointes. Les falaises de l'est émergent de l'océan à près de 60 mètres de haut. Préservées par leur éloignement des villes et des villages et par leur difficulté d'accès, elles sont le refuge d'une population d'oiseaux marins tels le puffin de l'Herminier -oiseau aux mœurs nocturnes-, le petit et le grand paille en queue, la sterne bridée et fuligineuse ou encore la frégate.

Quel gourmand ce sucrier !
 
Le farniente de Philéas

Philéas prend quelques jours de vacances dans le petit port de Grand Bourg. Nous en profitons pour troquer nos chapeaux de soleil contre des casques et nos pieds redécouvrent avec réticence des chaussures fermées. Nous sillonnons à scooter et à pied les routes et chemins de Marie Galante. Ici pas d'embouteillage. Tant mieux nous en avons perdu l'habitude depuis...la Martinique. Le marin a toujours beaucoup de difficulté  à se replonger dans la foule. Nous optons pour la route campagnarde en vue de rejoindre Capesterre, la station balnéaire locale. Et poursuivons en direction de la distillerie Bellevue (ah ces marins…). Déjà répertoriée sur les cartes de 1769,  elle est la plus ancienne et aussi la plus importante de l'île.  Ses rhums y sont régulièrement médaillés. Comment dans ces conditions refuser une dégustation ? Rhum blanc, rhum vieux, notre palais n'est pas conquis. Notre préférence reste au rhum martiniquais.

L'une des curiosités de l'île reste  les moulins  à vent qui datent du XVIIIème. En 1830 on comptait jusqu'à 105 moulins dont plus de la moitié étaient encore actionnés par des bœufs. De cette époque, Marie-Galante en conserve un autre surnom, "l'île aux cent moulins". Ils sont les témoins éloquents de ce que fut l'activité sucrière de Marie Galante. Situés sur un haut point ils servaient naguère à broyer la canne à sucre afin d'en extraire le vesou. Ce jus était ensuite acheminé par gouttière à la sucrerie bâtie en aval. Les ailes pivotantes de ces moulins étaient alignées la majeure partie de l'année en direction des alizés. Lors des périodes cycloniques elles étaient remisées. Jusqu'à la révolution industrielle les moulins à vent jouèrent un rôle essentiel dans l'économie de l'île avant d'être supplantés par des usines plus performantes.  Sur les 72 encore visibles à Marie Galante, l'un d'entre eux le moulin de Bézard, totalement rénové (charpente et mécanisme) est le seul de la Caraïbe à être en activité. Il tourne encore pour broyer la canne à sucre au grand plaisir des touristes.

Moulin Bézard

13 mars 2012 – Anse Canot

Philéas quitte sans se hâter le petit port de Grand Bourg qui l'a si bien accueilli et fait route cap au nord en direction de l'anse Canot. Ce mouillage tranquille et sauvage repéré lors de notre tour de l'île terrestre nous a fait de l'œil. Un vrai petit coin de paradis où nous entendons jeter l'ancre quelques jours.

Philéas est bien encadré : côté terre, une grande plage de sable blanc et côté mer décor insolite, l'îlet du Vieux Fort, minuscule bout de terre surmonté d'un unique cocotier en son centre. 

Anse Canot
Marie Galante, île enchanteresse du fait de sa beauté sauvage, de son environnement préservé, de la gentillesse de ses habitants nous fait du charme telle une jolie fille et nous retient. Nous cédons avec grand plaisir à tant de simplicité et de naturel et  prolongeons notre séjour.

Beauté sauvage
 
Soyez rassuré Mr Voulzy, depuis 1980 Marie Galante n'a pas vendu son âme au diable, elle est restée la même : "une belle île en mer".

dimanche 11 mars 2012

9 - PHILEAS A LA DOMINIQUE



 Le dernier jour de février, un 29 cette année, nous quittons la marina du Marin où nous nous sommes imposés une escale technique pour travaux de maintenance avant de poursuivre notre navigation vers le nord de l'arc antillais. En navigation intensive les voiliers, même récents, nécessitent une attention particulière et des arrêts techniques ne sont pas à négliger. C'est au prix de ces contraintes que nous pouvons espérer naviguer l'esprit serein.

Après un mouillage à l’Anse d'Arlet que nous avons pratiqué moult fois depuis notre arrivée aux Antilles, nous faisons route vers St Pierre au nord de la Martinique. La météo est exécrable. La pluie nous accompagne tout au long du trajet, la visibilité est nulle. La pluie perdure toute la journée puis toute la nuit sans discontinuer. Rien à voir avec des grains ponctuels. Février devrait être un mois sec sous ces latitudes ! Philéas en tire  avantage, il est très bien dessalé et sans effort de l'équipage....

Le 2 mars à l'aube nous profitons d'une courte fenêtre météo pour emprunter le canal vers La Dominique. Les conditions se sont considérablement améliorées mais les prévisions annoncent un coup de vent pour les jours à venir. La navigation est agréable, un vent de secteur Est de force 5 puis 6 nous accompagne jusqu'à Roseau. A un nautique du point d'atterrissage nous prenons contact par VHF avec Pancho qui dispose de corps-morts(1). Les fonds sont assez profonds. Le sondeur indique 37 mètres d’eau sous les quilles(2), nous n’avons pas assez de longueur de chaîne pour envisager d’y jeter l’ancre (3) Le mouillage est tranquille et peu fréquenté par rapport à ceux des îles Grenadines et de Martinique. Ici plus de problème d'insécurité. Les boat-boys se sont regroupés en une association pour lutter contre les "brebis galeuses" qui faisaient fuir les plaisanciers. Des patrouilles sont omniprésentes pour veiller à la quiétude du lieu. Nous sommes rassurés. Pancho est membre très actif de cette association.

Que demander de plus ? Un mouillage dans une baie surplombée par des montagnes volcaniques, une végétation luxuriante et des cocotiers montant la garde sur le rivage (en plus des boat-boys...).

Milieu d'après midi, alerte ! Notre voisin proche, une embarcation  à moteur, est en train de couler. Christian armé d'un seau apporte son aide pour écoper de toute urgence l'eau qui s'engouffre à une vitesse alarmante. Voici le skipper de Philéas intégré à l'équipe d’intervention locale. L’entraide en mer n’a ni frontière ni nationalité mais fait partie de l'éthique du marin. Le bâtiment est ensuite remorqué vers la plage. A l'issue de cette séance de musculation particulière  les courageux sauveteurs se réunissent autour d’une bière bien fraîche.

Christian lors de l'opération écopage
 
3 mars, un samedi, jour de marché

L'agriculture, pilier de l'économie dominiquaise, représente près de 20 % du PIB. Le relief est difficile, le climat incertain du fait des tempêtes tropicales, mais on trouve tout de même des cultures tropicales : principalement la banane (dont le circuit a été privatisé en vue de rendre les exportations plus compétitives face au marché américain), mais aussi la noix de coco, le tabac, le café, le cacao, les agrumes et la vanille.

C'est l'occasion de compléter l'avitaillement du bord en produits frais. Nous ne sommes pas déçus le choix est important et les prix sont beaucoup plus raisonnables qu'aux Grenadines et qu'en Martinique. Nous avons plaisir à découvrir un vrai marché aux nombreux étals colorés regorgeant de fruits et de légumes locaux. Les tomates y ont le même goût que celles plantées par ma grand-mère dans son jardin. Rien à voir avec les tomates de supermarchés. 


Présentation de la Dominique pour les curieux


 L’île de la Dominique est située en plein cœur des petites Antilles, au nord de la Martinique et au sud des Îles des Saintes et Marie-Galante, deux des Antilles françaises dépendantes de la Guadeloupe. Elle mesure 46 km dans longueur, sur 25 km dans sa largeur, soit une superficie de 750 km². L'île est composée d'une chaine de hauts pitons dont le plus élevé, le Morne Diablotin culmine à 1 447 m. La Dominique jouit d’un climat tropical avec des pluies abondantes qui alimentent les chutes d’eau. Il y a environ 30 chutes d’eau formant des piscines naturelles, des sources d’eaux chaudes, 365 rivières et 6 sortes de forêts tropicales dont la célèbre « Rain Forest » unique en son genre. Le Parc National des Trois Pitons a été classé au Patrimoine Mondial Naturel par l’UNESCO. L'île de la Dominique affiche un volcanisme très actif comme en témoignent les sites du « Boiling Lake », lac en ébullition, et la Vallée de la Désolation. Cette dernière est constituée de sources chaudes qui empêchent le développement de toute vie végétale, contrastant ainsi avec les forêts tropicales environnantes. Les 70 000 habitants de l’île sont concentrés essentiellement sur la côte ouest, à Roseau la capitale et à Portsmouth au nord.

Après une économie basée sur l'agriculture et l'exportation de bananes qui a rendu l'île vulnérable aux catastrophes climatiques et aux crises du marché, la Dominique a souhaité développer un programme d'écotourisme, récompensé par la certification « GreenGlobe21 » validant la qualité éco-touristique de cette destination pour la première fois attribuée à une  île des Caraïbes. La Dominique veut aller plus loin, avec depuis 2007 un programme sur 10 ans visant à transformer l'île en une ‘île biologique’ par la conjugaison de l’écotourisme, de l’agrotourisme et d'un tourisme de santé, avec la conversion de l'agriculture à la production biologique, un commerce éthique et équitable ne nécessitant pas de consommation excessive des ressources naturelles.

Il ne fait cependant pas toujours bon de vivre à La Dominique. En septembre, Eole et Neptune se réveillent et déchaînent de terribles tempêtes sur l'île. La saison cyclonique peut s'étendre de juin à novembre. Septembre 1995 a laissé un souvenir douloureux. Trois ouragans - Harris, Marilyn et Louis - ont dévasté ses côtes. En décembre 1999, l'ouragan Lenny a fortement touché la côte caraïbe, et les dégâts sont encore visibles.

La population de la Dominique croît peu, du fait de l'exode de la population vers d'autres pays. Les autochtones sont  très majoritairement d'origine africaine, 70% de ceux-ci sont catholiques. On note également la présence de la dernière ethnie indigène des Antilles, les Indiens Caraïbes. 3 000 individus sont recensés sur la côte est de l’île.

Roseau, la capitale de la Dominique où nous faisons relâche n'est pas sans intérêt. De toutes les îles des Caraïbes visitées jusqu'ici Roseau présente l'éventail le plus varié de constructions de style caribéen. Les anciennes bâtisses sont généralement dotées d'un balcon. Certaines ont été rénovées mais toujours en respectant le style d'origine. Roseau est également la seule ville des Caraïbes où les maisons ont des caves, pièces pratiques certes pour conserver les denrées périssables mais également utiles comme abris pendant les cyclones. Une de ces caves a même été transformée en bar.

Roseau est l'escale idéale pour découvrir le parc national des trois pitons. Réceptifs à l’appel de la nature nous partons à la conquête de l’intérieur de l’île.

Les gorges de Titou, profond canyon creusé naturellement dans la montagne, s'enfoncent au cœur de la forêt tropicale. En aval une rivière bien fraîche aux eaux tranquilles  invite à la baignade. Premiers instants saisissants ! Nous empruntons à la nage un étroit couloir sombre taillé dans la roche par l'érosion et nous dirigeons vers un bruit sourd. La chute d'eau n'est pas visible. Peu à peu la lumière s'échappant de la forêt s'infiltre par un trou béant situé à une vingtaine de mètres au dessus de nos têtes. La cascade est là, mais ne se laisse pas approcher si facilement. Il nous faut nager contre le courant qui nous repousse, nous coller contre la paroi et nous agripper à un angle de la roche pour contourner le dernier point de résistance. Autant dire que nous n'avons plus conscience de la fraîcheur de l'eau. La magie de l'effort ! Nous rebroussons chemin en veillant à ne pas être projetés contre la paroi anguleuse.

Entrée des Gorges deTitou
 Après cette baignade revigorante nous nous laissons tenter par une petite ballade aux chutes Trafalgar. Le spectacle est sublime. Devant nous au cœur d'une végétation luxuriante deux grandes chutes d'eau, distantes d'une vingtaine de mètres l'une de l'autre, nous attendent. Le paradis des chasseurs d'images ! Nous nous imprégnons de ce paysage hors du commun puis nous nous rapprochons de la chute située la plus à l'est.

Chutes Trafalgar
  Chemin faisant, des bassins naturels d'eau chaude (environ 37 degrés), nous font de l'œil. Nous nous trempons avec ravissement dans ces immenses baignoires. Qu’il est dur de s’en extraire ! L'appel des chutes Trafalgar prend finalement le dessus sur notre léthargie. Nous escaladons les roches glissantes qui nous séparent de la chute convoitée et atteignons la cascade pour un réveil musculaire. L'eau du bain passe de 37° à 15°. Mais nous sommes téméraires et nous glissons dans cette eau claire et...glacée.
Chutes Trafalgar
 Comblés par ce premier jour de tourisme terrestre nous rejoignons Philéas. La journée n'est cependant pas terminée. Nous avons un rendez-vous "rhum-punch" sur "skipping stone", un ketch de 16 mètres battant pavillon américain appartenant à Andrew que nous avons rencontré pendant notre excursion. Raoul et Marie-Ange du voilier Athos se joignent à nous pour ce moment de détente et d'échanges. La famille des marins est une famille nombreuse.

Le lendemain matin, les chaussures de marche et les sacs à dos sont prêts pour une journée d'au moins 6 heures de marche intensive, à la conquête du Boiling lake (lac en ébullition) situé à près de 1000 mètres d'altitude. Cette randonnée est réputée la plus dure, la moins courue -sans doute parce que difficile- des marches proposées autour de Roseau mais aussi celle recélant la plus grande variété de paysages. Dès le départ le dénivelé du chemin menant à la forêt tropicale est important. Puis changement de décor, la forêt laisse entrevoir la lumière du jour. Nous atteignons une crête avant de redescendre vers les 3 Pitons.

Le relief accidenté et la végétation sauvage de l'île ont permis la conservation de 175 espèces d'oiseaux recensés. Nous percevons le chant du siffleur des montagnes. De temps à autres nous sommes surpris dans notre effort par le vol dans les feuillages d’un colibri madère. 

Colibri

 L'oiseau le plus typique est le perroquet sisserou, ou perroquet impérial, au plumage multicolore. Il est parfois possible de l'apercevoir lors de randonnées en forêt. Nous n'aurons pas cette chance et devrons nous contenter de l'observer sur le pavillon national de La Dominique.



 Nous grimpons à nouveau jusqu'au sommet d'une montagne et arrivons essoufflés à un magnifique point de vue avant de redescendre dans la vallée de la Désolation. La descente est rude pour les genoux et glissante. Cette vallée doit son nom à son absence de végétation, étrange exception dans la luxuriante verdure de l'île. Les émanations de vapeurs sulfureuses ont altéré la végétation. Preuve d'une activité volcanique souterraine, des sources d'eau bouillonnante s'échappent du sol de-ci, de-là. Nous progressons lentement en veillant à les éviter. L'eau du bain est bien trop chaude pour nous ! L'odeur de soufre est omniprésente, les vapeurs d'eau sulfureuse suspendues dans l'air envahissent la vallée. La couleur du sol oscille entre le vert pâle, le jaune œuf et le gris clair. Notre guide sort de son sac une grande passoire et… des œufs frais. Il pose le tout dans l'eau en ébullition. Quelques minutes plus tard nous dégustons ce petit encas cuit géo thermiquement.

Oeufs cuisson bio....

Nous longeons pendant un bon moment une rivière d'eau chaude. La berge est tantôt rocheuse tantôt boueuse. Christian dérape et son pied droit s'enlise comme dans du sable mouvant. Il extrait  rapidement son pied de ce piège. Sa chaussure semble avoir été cimentée. 


 La descente de la rivière nécessite toute notre attention, nous marchons ou sautons de cailloux en cailloux en évitant les glissades avant de bifurquer vers la dernière montée. Notre ascension est lente, le dénivelé conséquent. La montagne est maintenant couverte d'une végétation basse. Après plus de 3 heures de marche nous atteignons notre but, le boiling lake, le deuxième plus grand du genre au monde. Nous surplombons un immense cratère de 54 mètres de diamètre  d'eau en ébullition ! Il crache des nuages de vapeur d'eau chaude dans l'atmosphère. Il est difficile d'en discerner les contours. Nous restons béats d’admiration devant cette curiosité naturelle. De temps en temps la vapeur devient moins intense, l'eau bouillonnante du lac est perceptible mais les pourtours ne le sont jamais. 

Arrivés au boiling lake après 3h de forts dénivelés.
                                                                     
 Nous nous installons au sommet de cette montagne, face au lac pour une halte casse-croute. Le vent se lève, nous ne nous éternisons pas et regrettons de ne pas avoir glissé dans nos sacs une boisson roborative. Pour le retour nous emprunterons le même chemin qu'à l'aller. Des sources d'eaux chaudes nous invitent à nous détendre. Nous résistons à la tentation. Il est préférable d'éviter de nous ramollir, les deux tiers du chemin restent encore à parcourir. En revanche à l'arrivée nous plongeons dans l'eau fraîche des gorges Titou. Il ne manque plus que la séance de massage et le ti-punch !
Pour le ti-punch pas de problème, nous sommes attendus par Christine et Stéphane sur Pen Gwen, un RM de 12 mètres. Et quand deux RM se rencontrent que se disent-ils ?

A Roseau le mouillage est agréable mais Philéas s'impatiente. Nous appareillons pour le nord de l'île, plus exactement pour Portsmouth situé Prince Rupert Bay où nous retrouverons  Andrew et Nikki de "Skipping Stone. Ce mouillage est donné pour être le meilleur de La Dominique. Notre carburant, un vent de nord, nord-est de force 6 ne nous fait pas défaut. Aux abords de notre point d'atterrissage le vent et la houle s'intensifient. La baie va-t-elle nous permettre un mouillage sûr ? Il nous faut approcher assez près de la côte pour trouver une accalmie. La tenue des fonds est variable. A certains endroits le sable semble mélangé à  du corail concassé. L'ancre risque de chasser. Nous prenons une bouée proposée par "Lawrence d'Arabie" et plongeons dessus pour en vérifier la solidité. Nous pourrons dormir serein.

Prince Rupert Bay - Porthmouth
 Cette baie de près de 4 km de long et de 2 km de large est bordée de cocotiers. Des restaurants s'y sont implantés, certains avec des pontons pour y amarrer les annexes. Plus au sud, quelques carcasses de cargos témoignent du passage dévastateur de cyclones successifs. Une compagnie vénézuélienne a récemment conclu un marché l'autorisant à découper les épaves et à en récupérer les matières premières. 

La visite de Portsmouth, 2ème ville en taille de La Dominique  ne présente que peu d'intérêt.  Dans la rue principale quelques boutiques d'artisanat aux façades surprenantes et quelques commerces permettent de faire quelques emplettes.

Echoppe
Salon de coiffure
façade surprenante










La rivière indienne quant à elle mérite bien un détour. Un vrai décor amazonien bien préservé. Son accès n'est autorisé qu'à bord de barques à rames pour préserver l'authenticité et le calme du lieu. La rivière se rétrécit rapidement et cède sa place à la mangrove. D'immenses racines se déploient sur le sol et dans l'eau en formant des motifs originaux. Des poissons, des crabes, des iguanes, des serpents se partagent la rivière et ses berges. Au dessus de nos têtes les arbres s'arcboutent en une immense voûte sombre. Tiens un iguane suspendu à une branche semble faire la sieste ! Les hérons semblent apprivoisés. Notre présence ne les perturbe pas. De temps à autres le chant des oiseaux rompt le silence du lieu. Les colibris virevoltent de branche en branche. Des perroquets fréquentent la mangrove lorsque les arbres leur offrent leurs fruits mais ce n’est pas la saison et nous n'aurons pas la chance d'en croiser ici non plus.

Rivière indienne - Porthmouth

Nous respirons un parfum de mystère, un parfum des endroits oubliés de la civilisation moderne. Ici la roue du temps s'est arrêtée.

Rivière indienne (mangrove)
 Samedi 10 mars

Les prévisions météo annoncent un vent de secteur sud-est, nous saisissons cette fenêtre météo favorable pour faire route vers Marie-Galante qui est bien souvent délaissée par les navigateurs venant de la Dominique car des bords de près serré sont à tirer pour l'atteindre.


C’est à Marie-Galante que nous vous donnons rendez-vous pour partager la suite de notre voyage.

Notes :


(1) un corps mort est une bouée d’amarrage

(2) Philéas est un biquille
(3) un mouillage correct nécessite une  longueur  minimum de chaine entre 4 et 5 fois le fonds