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lundi 17 novembre 2014

EN ROUTE VERS L'ARCHIPEL DU CAP VERT

Avec l’arrivée d’Alain nos quarts s’en trouvent allégés. Nous apprécions de tourner seulement toutes les quatre heures. Finis les six heures de veille nocturne.

Archipel du Cap Vert
Dès le départ un vent de nord-est de force variant entre 4 et 6 nous pousse vers notre destination. Mais comme rien n’est jamais parfait une houle croisée ballotte Philéas de bâbord à tribord. J’ai du mal à m’adapter à cette mer hachée et à ces vagues courtes. Qui parle du confort d’une allure au portant? Dans ces moments je pense réellement que l’amour de la mer est un manque de discernement…


Pendant sept jours la houle s’impose, tantôt ronde tantôt plus brutale. Le vent quant à lui, pour la première fois enfin depuis notre départ de Toulon ne nous fait pas faux bond pendant cette traversée. En revanche nos tentatives de pêche restent vaines. Aucune des trois lignes de traîne mouillées n’aiguise l’appétit d’une petite dorade coryphène ou d’un thon, conséquences sans doute d’une mer trop agitée. La poêle reste désespérément vide ! Seuls quelques exocets viennent s’échouer sur le pont de Philéas pendant la nuit. Lors d’un de mes quarts nocturnes un poisson volant, es-commando suicide, tente de m’assommer. Je ne dois mon salut qu’à la capote qui fait écran entre nous, tandis que son binôme atterrit dans l’épuisette restée sur le passavant…

La veille de notre arrivée tout l’équipage gagne une journée spéciale rodéo. La mer s’enrage, s’acharne furieusement sur Philéas. Tel le roseau il fléchit –mais ne se rompt point-, perd l’équilibre, part au rappel avec brusquerie puis finit par se redresser. A l’intérieur malheur à l’imprudent qui omet de se tenir ou aux objets qui ne seraient pas arrimés. A l’heure des repas, pas de mondanité à bord, nous empoignons fermement nos assiettes, il suffit d’une seconde d’inattention pour que leur contenu entame une valse à un temps. Parfois, Furiosa vexée revient à la charge sans scrupule. La hanche de Philéas s’applique à épauler au mieux les lames scélérates.


A l’aube du septième jour se dessine devant nous l’île de Sal puis peu à peu la baie de Palmeira. Le fonctionnement des feux de signalisation à l’entrée du port étant aléatoire nous avons réduit notre vitesse en cours de nuit pour n’arriver qu’au petit matin. Nous croisons quelques pêcheurs sur leurs barques colorées se dirigeant vers le large. Au  milieu du chenal d’entrée nous distinguons des coffres d’amarrage puis quatre bouées signalant le quai des tankers. Elles ne sont pas allumées ... Après une semaine de stage intensif au twist, la fin de l’entraînement est bienvenue. Il ne faut pas abuser de la « générosité » de la mer !

Des taches plus terre à terre nous attendent : formalités douanières et d’immigration. C’est parti pour la tournée des administrations : police maritime puis police des frontières installée sur le site de l’aéroport à 7 km de la ville. D’après les us et coutumes seul le skipper du voilier est autorisé à se rendre à terre pour effectuer toutes ces démarches. L’équipage ne peut débarquer qu’à l’issue de l’achèvement de toutes ces opérations. Le 12 novembre  l’officier d’immigration de permanence décide que tous les membres doivent se présenter, mais en dehors des périodes de pointe, c’est-à-dire des atterrissages d’avions.

Aéroport de Sal

Le lendemain nous nous rendons tous en bus local à l’aéroport. L’officier du jour ne s’intéresse qu’au skipper et semble embarrassé par notre présence. Pour une fois nous aurons fait notre entrée à l’aéroport comme tout le monde !

A Palmeira  nous avons notre guide personnel, mon oncle Jean-Pierre arrivé par voie aérienne deux jours auparavant. Pas besoin d’ouvrir le petit futé ou le lonely planet, il connaît déjà tout de Sal. Il a tué le temps le séparant de notre arrivée en discutant avec les autochtones et notamment avec Omar qui lui a présenté son île.

Le Cap Vert totalise 10 îles dont 9 habitées et 8 îlots situés à environ 450 km au large du Sénégal. L’archipel, essentiellement d’origine volcanique, se divise en deux ensembles géographiques suivant leur exposition aux alizés : les îles Barlavento au nord plus exposées au vent et plus fraiches (Boa Vista, Sal, Sao Nicolao, Santa Luzia, Sao Vicente et Santo Antao) et les îles Sotavento ou îles sous le vent non exposées et donc plus chaudes (Brava, Fogo, Santagiao et Maio). Le Cap Vert reste pendant presque toute l’année sous  l’influence de l’anticyclone des Açores qui génère des vents dont l’alizé et affecte les courants marins.
Avec Philéas nous ne ferons escale qu’aux îles Barlavento (Sal, Sao Nicolao, Santa Luzia, Sao Vicente et Santo Antao) avant de traverser vers les Antilles.

Sal, île la plus connue de l’archipel du fait de son aéoroport international s’étend sur 30 km de long et 12 de large. Plat et désertique, son paysage est nu, aride et sec.  Elle est l’une des trois plus anciennes îles de l’archipel. Bordée par une belle plage de sable fin au sud-ouest elle est un spot référencé pour la  planche à voile, le kite surf, et le surf. Les magazines spécialisés classent le site parmi les meilleurs au monde, à un niveau ayant peu à envier à celui d’Hawaï. De nombreux surfeurs y viennent entre novembre et avril  pour profiter des alizés et de la forte houle qui en découle.

L’intérêt d’un séjour à Palmeira étant limité nous aspirons à un mouillage plus attrayant. Nous optons pour l’une des deux belles plages réputées de l’île où nous entendons bien nous baigner. Avant d’appareiller nous récupérons contre quelques euros l’acte de francisation de Philéas conservé deux jours auparant par l’officier de police maritime.

La baie de Mordeira, sauvage, vierge de toute présence humaine nous accueille. Une immense piscine encercle Philéas. Le long de la plage de beaux rouleaux viennent s’écraser contre le rivage et poussent le baigneur sur la plage. En revanche pour rejoindre Philéas il faut ruser, s’élancer entre deux trains de vagues et s’éloigner au plus vite de la côte.
Le lendemain matin nous apercevons des 4X4 des tours opérateurs baladant leur lot de touristes au milieu des dunes. Dans l’après midi le groupe n° 2 débarque sur la plage pour s’essayer au stand up paddle. En fin d’après midi nous nous retrouvons à nouveau les uniques occupants des lieux et savourons un ti-punch en observant le coucher du soleil.  Un avant goût des Antilles !
Avant de rejoindre Sao Vicente, notre prochain port de regroupement, nous mettons le cap sur Sao Nicolao situé à 90 nautiques dans l’ouest de Sal. Très vite mon oncle découvre le dessous des cartes de la navigation : le mal de mer. Une mer agitée prend sournoisement son estomac pour otage... Son malaise va croissant, la phase d’amarrinage a débuté dès son premier jour de mer à bord de Philéas et durera jusqu’au mouillage de Porto de Tarrafal.   

Tarrafal, le plus grand des trois ports de l’île est peu fréquenté par les voiliers de passage. Une grande plage de sable noir borde la ville. D’après les guides touristiques les vertus curatives des sables noirs de Tarrafal, chargés en iode et en titane seraient excellents pour soulager l’arthrite et les rhumatismes. Pour être efficient l’enveloppement requiert 4 heures de patience. Aucun candidat à bord de Philéas ne s’est porté volontaire pour le test d’efficacité !

La moyenne d’âge de la population que nous côtoyons est peu élevée. De nombreux enfants profitent des bienfaits de la baignade et se satisfont de peu de chose. Très peu de jeunes gens disposent d’un téléphone portable basique. Les smartphones seraient bien inutiles ici nous n’avons pas trouvé de connexion wifi.

Le littoral très découpé de l’île est escarpé  tandis que l’intérieur présente de multiples montagnes et des vallées étroites et profondes plus ou moins verdoyantes, où se concentre la plus grande partie de la population. Le paysage est sauvage, rude et austère. De nombreuses traces de lave et d’éboulis omniprésentes à Sao Nicolao témoignent d’une activité volcanique très intense par le passé. Les canyons très profonds font penser à des paysages de Far West. Autre contraste saisissant, la côte ouest du côté de Tarrafal, zone plutôt aride et sèche avec ses montagnes et ses plages, qui côtoie une région fertile, Riberia Brava, Agua das Patas et la plaine de Faja, recouverte d’arbres et de cultures.  Sao Nicolao est considérée comme l’une des quatre îles agricoles du Cap Vert. La région de Faja, la plus verte,  héberge les principales cultures, grâce à une nappe phréatique souterraine. L’eau est acheminée par une galerie de 2 km creusée dans la roche. Ces travaux ont été réalisés avec l’aide matérielle  et financière de la France.


A Tarrafal nous nous étonnons du nombre significatif de maisons et petits immeubles construits au cœur et en périphérie du village. Les façades présentent pour la plupart des arrondis, des balcons en forme de demi-lune agréables à regarder. L’architecte a fait preuve de goût. Si la construction de certains bâtiments semble avoir été suspendue depuis un bon moment d’autres maisons sont en phase d’achèvement. Le travail paraît soigné, les peintures vives et variées des façades dénotent un goût prononcé des Cap Verdiens pour les couleurs criardes.


A la sortie de Tarrafal, un grand collège flambant neuf attend ses élèves, le terrain de football, récent également, est quant à lui envahi par des joueurs motivés. A l’extérieur du village un lotissement surprenant aux maisons toutes identiques, alignées au cordeau et encerclées par une clôture de fil de fer barbelé bordent la plage. Nous nous interrogeons sur l’utilité de cet ensemble immobilier ; aucune âme qui vive  n’anime ce site fantôme. La plupart des constructions récentes, d’ailleurs, sont inhabitées. D’où proviennent les fonds, fonds européens, internationaux, blanchiment d’argent ? Nous n’en saurons pas davantage pour l’instant.

Le dimanche matin, Jean-Pierre, Alain et moi partons à la ville en transport en commun. Christian reste à bord pour garder Philéas. Ribeira Brava est le chef lieu de l’île avec 5 000 habitants sur les 13 000 peuplant Sao Nicolao. Antonio, notre chauffeur, fait trois fois le tour du village espérant remplir son mini bus, en vain, les villageois sont à la messe et les rues sont désertées. Nous serons les seuls passagers.
Dès la sortie de Tarrafal les rues pavées font place à une belle route  au  revêtement uniforme. Pas un seul nid de poule, pas une bosse. Un bitume à faire pâlir d’envie les Toulonnais de passage !

Peu à peu nous quittons les paysages arides et secs proches de la mer, et prenons de l’altitude. Notre chemin serpente au milieu d’une région verte : le grenier de Sao Nicolao. Nous traversons des cultures vivrières et maraîchères. Manioc, ignames, haricots, bananiers, papayers, patates douces, pommes de terre, maïs abondent entre Faja de Cima et Faja de Baixo, non sans effort ; le Cap Verdien s’est adapté au relief de son île et pratique de façon artisanale la culture en terrasses. Ici et là nous croisons des ânes destinés au transport des récoltes, des femmes portant sur leur tête de lourdes charges. Quelques rares chèvres et veaux patûrent à flanc de coteau. Nous sommes loin de l’élevage intensif des bovins et des ovins engraissés aux granulés. Ici des coqs et des poules réellement élevés en plein air, grattent le sol et chantent à tout moment de la journée.

Paysage à l'intérieur de Sao Nicolao 

A col de Cachaco, un point de vue splendide sur la vallée de Ribeira Brava s’offre à nous. Nous conservons les yeux rivés sur ce paysage grandiose. Notre bus contourne la montagne, descend une vallée, remonte vers l’autre versant, longe la côte nord-est avant de faire route à nouveau vers le centre de l’île. Quelques cinquante minutes après notre départ nous arrivons à Ribeira Brava. Antonio s’arrête sur la place principale de la ville. Les rues ne sont pas très animées. Les Cap Verdiens, très croyants, sont encore à l’office. Le dimanche matin l’église, reconstruite en 1891, accueille les fidèles de l’agglomération et des communes environnantes. Nous flânons dans les vieilles rues pavées étroites. Là aussi les façades des maisons sont très colorées et le terrain de football tout neuf, aux murs d’enceintes peints d’un orange et d’un vert flamboyant, attire le regard. Des panneaux publicitaires informent les adminstrés des efforts faits par le gouvernement, soutenu par des banques et autres sponsors, pour faciliter les conditions de scolarisation des enfants : 200 000 kits scolaires ont été distribués dans les écoles en 2014.    


A l’issue de la messe les paroissiens empruntent les bus stationnés sur la place de l’église pour rejoindre leur village. Nous ne sommes plus les seuls clients d’Antonio qui vient nous chercher à l’épicerie du coin avant de repartir. Nous saluons les autres passagers d’un « bom dia[1] » et prenons place. Ma voisine, âgée d’une cinquantaine d’années engage la discussion. Un mélange de Portugais, de Français et d’Espagnol nous permet de contourner la barrière de la langue. Elle habite la ville m’affirme t-elle avec fierté et se rend à Tarrafal pour visiter sa famille. Elle me commente les paysages, m’indiquent les chemins de randonnées et m’entretient sur la pluviomètrie de l’île. Cette année se désole-t-elle est une année de sècheresse, la pluie espérée entre juin et septembre a fait défaut. En 2009, ce fut l’inverse, des pluies torrentielles ont entraîné des inondations. Parvenus à destination nous prenons congé.

Le lendemain matin je reprends la route vers Ribeira Brava. Antonio m’apercevant sur le bord du chemin s’arrête. Pendant une vingtaine de minutes, il tourne dans le village pour remplir son mini-bus. Nous croisons des enfants tirés à quatre épingles marchant vers l’école. Tous revêtent un uniforme : une blouse bleue claire. Je souris en croisant  deux petites filles tenant un parapluie rose imprimé de petits dessins enfantins. Leur innocence attirerait-elle la pluie ?

Mon déplacement est motivé par la gourmandise, gourmandise des yeux certes, la route scénique reliant Ribeira Brava est très agréable mais la gourmandise du ventre intéresse davantage l’équipage resté à bord… Un approvisionnement en fruits et légumes frais produits localement est le bienvenu pour améliorer l’ordinaire. Dans les villages traversés, Antonio fait des détours, livre des paquets, en réceptionne d’autres, tantôt s’arrête pour embarquer des passagers, tantôt recule de deux mètres pour prendre une personne. Les villageois ne se hâtent point, ne pressent jamais le pas à l’arrivée du bus. Ici pas d’énervement, pas d’horaire à tenir, le chauffeur attend sans manifestation d’impatience des passagers. Tous se connaissent et se rendent service mutuellement.

Mon marché à la ville sera vite fait. En revanche il me faudra apprendre la patience et attendre que le bus pour Tarrafal se remplisse. Ici la notion de temps est relative, si les usagers ne sont pas là ou tout simplement pas prêts, le chauffeur ne part pas. J’ai adopté le rythme cap verdien ; pour vingt minutes passées au marché j’ai quitté Philéas à 8h00 pour n’être de retour que vers 11h00 !


Après un rapide déjeuné nous appareillons pour Santa Luzia, située à 27 nautiques dans l’ouest, notre dernière escale avant de retrouver nos camarades à Mindelo.
Santa Luzia est une île déserte et inhabitée et très souvent ventée. Le sud est plat avec des dunes et des plages, tandis que le nord est plus élevé avec des falaises plongeant dans la mer. Nous mouillons sur la côte ouest, le long d’une plage paradisiaque. Nous n’entendons que le bruit des vagues qui viennent s’échouer sur le rivage. En surface le sable est blanc mais dès que les pieds s’enfoncent le sable noir d’origine volcanique apparaît. De nombreux petits crabes, des pluviers en quête de nourriture courent sur le rivage. Mon abordage avec palmes, masque et tuba les dérange et les fait fuir.

Nous séjournons une journée et deux nuits dans ce petit paradis avant de rejoindre Sao Vicente et la civilisation.    

Sao Vicente vue de Santa Luzia





[1] Bom dia : bonjour. Terme utilisé le matin. Pour l’après midi bonjour se dit » boa tarde »     

mardi 4 novembre 2014

ESCALE A LANZAROTE

Une semaine déjà s’est écoulée depuis notre arrivée à Arrecife. Que le temps passe ! Nous avons retrouvé nos camarades de la flottille MedHermione. Ceux partis de Toulon le 12 octobre ont rejoint le point de regroupement en décalé après de très courtes escales de repos à mi-parcours. Un « apéro ponton » pour les premiers arrivés et un repas de cohésion à mi-séjour furent l’occasion d’échanges sur les conditions de navigation rencontrées par les uns et les autres.

Les peintures de la marina qui nous accueille ont juste eu le temps de sécher ; Marina Lanzarote a ouvert ses pontons aux navigateurs le 18 octobre et tous les travaux ne sont pas encore terminés. Conçue selon des plans dans l’air du temps, elle est bordée d’une multitude de boutiques n’ayant aucun rapport avec le monde de la mer. En revanche si vous avez oublié vêtements, chaussures, sous-vêtements, cosmétiques vous aurez matière à compléter votre trousseau ; des commerces flambants neufs vous attendent. Un petit supermarché offre essentiellement des alcools, valeur sûre pour les « apéros ponton ». Les quais sont arpentés le weekend par les autochtones attirés non pas par les voiliers mais par la concentration d’enseignes tendance. Pour fêter halloween et retenir le chaland, des animations, des ateliers « travaux manuels pour les enfants » sont organisés pendant deux jours sur le quai-promenade. Après trois jours au mouillage à Graciosa la sauvage et désertique, nous sommes plongés sans transition dans la civilisation.


C’est hors de la marina que Lanzarote nous dévoile son vrai visage. Hérissée de 300 cônes volcaniques, son paysage revêt un aspect rude et lunaire émaillé çà et là de vallées plantées de palmiers qui contrastent avec des champs de lave noire à l’aspect irréel. La visite de l’île n’a pas fini de nous étonner. 


Lanzarote - Canaries

Arrecife, environ 54 000 habitants, la capitale de l’île depuis 1852 est une ville sans cachet. Elle compte un nombre limité de lieux dignes d’intérêts –parmi lesquels deux châteaux- mais a l’avantage d’être une vraie ville, un lieu de vie et non exclusivement animé à des fins touristiques. En revanche Teguise, située à 12 km au nord, a des allures de village espagnol ou de medina nord-africaine. Quelques monuments rappellent que cette agglomération fut autrefois la capitale de l’île. Le dimanche matin, un immense marché monopolise ses rues bordées d’étals essentiellement destinés à une clientèle de touristes. Amateurs d’authenticité, s’abstenir ! Lors de notre passage un jour de semaine nous avons été frappés par le manque de vie dans les rues de Teguise. Cependant au détour d’une ruelle, notre attention a été attirée par un atelier discret. A l’intérieur un luthier nous a ouvert sa porte et laissé découvrir les différentes phases de fabrication du timple, sorte de ukulélé d’origine mal connue, probablement introduit dans l’archipel au XV° siècle par des esclaves berbères. Emblématique du patrimoine canario, ce petit instrument en bois à 5 cordes aux sonorités aigues est de toutes les fêtes traditionnelles. Le timple berbère était, semble-t-il, composé d’une carapace de tortue.



Cependant au détour d’une ruelle, notre attention a été attirée par un atelier discret. A l’intérieur un luthier nous a ouvert sa porte et laissé découvrir les différentes phases de fabrication du timple, sorte de ukulélé d’origine mal connue, probablement introduit dans l’archipel au XV° siècle par des esclaves berbères. Emblématique du patrimoine

Une autre surprise m’attendait plus loin, à Los Valles ; le coiffeur du village me convia avec insistance à pénétrer dans son salon, un salon d’un autre âge loin des design modernes. A l’intérieur des photos un peu jaunies, sur lesquelles figurait mon hôte, tapissaient l’un des murs. Non sans fierté il me montra les nombreuses coupes gagnées au fil des combats. Mon lutteur me fit comprendre qu’il était sourd et muet. Etaient-ce les conséquences de la pratique de  ce sport ? Je ne saurais le dire. Affiche à l’appui il m’invita à assister au prochain match organisé, disputé 15 jours plus tard.

La lucha canaria –lutte canarienne- remonterait aux Guanches, un peuple de robustes guerriers très portés sur les épreuves de force, qu’il s’agisse de sauter par-dessus les précipices, de plonger depuis de vertigineux promontoires ou de combattre corps à corps. Un membre de chaque équipe se place en face de son adversaire sur le terrain et, passé le salut protocolaire et quelques autres manifestations de bonne volonté, chacun tente de faire mordre la poussière à l'autre. Aucune partie du corps à l’exception de la plante des pieds ne doit toucher le sol et le premier à manquer à cette règle perd la partie. Les facteurs essentiels ne sont pas la taille et le poids des lutteurs –quoique que ces lutteurs soient aussi charpentés que des piliers de rugby- mais plutôt le talent des combattants à saisir leur adversaire et à le forcer à prendre la position dans laquelle il pourra facilement être renversé.

Haria
En remontant vers le nord-ouest, Haria, village installé au milieu d’une vallée plantée de palmiers et ponctuée de bougainvillées et de poinsettias  aux couleurs éclatantes, rompt la monotonie des paysages volcaniques. Aux XVII° et XVIII° siècles, les habitants plantaient traditionnellement un palmier pour célébrer la naissance d’un enfant -plus exactement 2 pour un garçon et 1 pour une fille-. Plus tard, cette oasis de style nord-africain devint une destination thermale fréquentée par des Canariens fortunés.

Au mirador del Rio un superbe panorama plongeant sur l’île de Graciosa captive le promeneur, spectacle grandiose au pouvoir envoûtant. Une autre curiosité de Lanzarote est la cueva de los Verdes. Un gouffre béant de 1 km de long est la partie la plus spectaculaire d’un tunnel de lave de plus de 8 km, généré par une éruption volcanique 5000 ans auparavant. En creusant un sillon vers la mer –plus de 6 km de galeries se trouvent désormais au-dessus du niveau de la mer et 1,5 km sous l’eau-, les couches supérieures se refroidirent et formèrent une croûte sous laquelle le magna en fusion continua à couler jusqu’à la fin de l’éruption.

Ile de Graciosa
 La route la plus pittoresque de l’île s’étire à l’opposé, au sud-ouest, entourée par des sommets volcaniques d’un côté et par la mer et les plages de sable noir de l’autre côté. A son extrémité une petite piscine vert émeraude située en face de la plage, tire sa couleur de l’algue qui s’y trouve. Il a constitué la toile de fond de l’affiche du film Un million d’années avant J.-C. dans lequel Raquel Welch s’expose dans un bikini en fourrure. Sa couleur est rehaussée par les roches volcaniques environnantes.

Piscine naturelle vert émeraude
La découverte de Lanzarote ne saurait être complète sans un petit tour du côté de la route des vins. Plantée de bien curieux vignobles, elle serpente à travers à travers la région du sud-ouest. Le sol de lave noire enrichi par les séismes successifs, convient parfaitement à la vigne cultivée dans de petits creux, derrière des murets en demi-lune appelés zocos. L’île s’enorgueillit de cultiver un cépage disparu des vignobles en Europe suite à l’épidémie de filoxera : le malvoisie.

Vignes en zocos
Nous n’aurons pas le temps cette fois de découvrir d’autres îles canariennes ; nous sommes attendus au Cap Vert situé à quelques 880 nautiques pour embarquer mon oncle.

Un dernier approvisionnement en vivres frais et nous appareillons avec Alain qui vient compléter l’équipage de Philéas. 
Trajet Canaries vers Cap Vert


mercredi 29 octobre 2014

DIRECTION LES ILES CANARIES


Mercredi 22 octobre au matin la mer capitule sans condition, et sans négociation elle nous libère de ses griffes. Notre seule force fut la patience. Il eut été vain de lutter. Le marin sait rester humble. A bord des voiliers les équipages sont parés. AlexMarie ouvre le bal. Mais quand vient le tour de Philéas, Eole a un regain de mauvaise humeur ; les rafales s’enchaînent pendant trois quarts d’heure. Les aussières ne sont pas encore larguées ! Nous attendons que le vent se fatigue.
09h30, nous démarrons le moteur et nous empressons d’embouquer le chenal d’accès. La tension est palpable ; plus vite nous serons de l’autre côté de l’étroite chicane,  plus vite nous serons en sécurité. Une rafale risque à tout moment de nous plaquer contre le mur. Il est important de se hâter. En moins de cinq minutes la passe est franchie. Nous sommes libres !


Trajet MadèreèGraciosa
Nous établissons les voiles et pour une fois depuis bien longtemps faisons route directe vers Graciosa, île des Petites Canaries située à 280 nautiques au sud-est de Madère. Le rythme des quarts par bordée est vite repris. Philéas s’empresse d’avaler les nautiques. Il allonge la foulée pendant mon premier quart nocturne, 7 nœuds puis 8. Une heure du matin le vent faiblit progressivement, notre vitesse a considérablement chuté lorsque je passe le relais à Christian.

Au lever du jour une dizaine de dauphins tachetés de l’Atlantique s’attardent autour de Philéas, plongent sous l’étrave, disparaissent pour réapparaître à la poupe. Quelques milles plus tard lorsque nous relevons la ligne de pêche, nous constatons que l’hameçon s’est volatilisé. Les dauphins nous auraient-ils joué un mauvais tour ?

A l’approche de Graciosa nous scrutons la surface de la mer ; les eaux canariennes sont réputées pour être fréquentées par nombre de cétacés, en particulier par les globicéphales tropicaux, les cachalots, les baleines et les grands dauphins. Notre attente n’est pas longue ; nous apercevons au loin leurs souffles tels des geysers, puis la forme d’une baleine se dessine, puis une seconde puis une troisième. Nous sommes cependant un peu loin pour en voir davantage.

En contrebas la plage des Français
En fin d’après-midi nous mouillons l’ancre au sud-est de l’île, le long de la plage réservée pour nous, la playa Francesa (la plage des Français)... Ici, aucune habitation ne dénature le littoral. A mille lieues du tourisme de masse l’île ne possède aucune route goudronnée et de vieilles Land Rover constituent le principal moyen de locomotion après la marche à pieds…. 

Arrivée au village de Caleta del Sebo par les chemins de sable
Environ 600 personnes vivent sur Graciosa et presque toutes à Caleta del Sebo, située à environ trente bonnes minutes de marche au nord-ouest de notre plage. Ce bourg a des allures de village marocain avec ses maisons à toits plats et aux façades immaculées. La décoration intérieure de l’église est d’une simplicité séduisante. Le thème de la mer prédomine ; derrière l’autel la coque d’une barque est suspendue sous un filet de pêcheur, les pupitres revêtent la forme d’une coquille d’huitre ou d’un bénitier1 sculptée dans le bois. Une chaise du même style y est assortie. Deux porte-cierges représentent des poissons en position verticale.

Le mouillage de Graciosa mérite que l’on s’y attarde. Prendre son petit déjeuner dans le cockpit de Philéas en contemplant un paysage préservé est un moment privilégié. Devant nous s’étend une plage de sable vierge épargnée par la main de l’homme, à l’arrière 27 km2 de garrigue aride la prolonge, interrompus par cinq sommets volcaniques alignés du nord au sud. Comment ne pas tomber sous le charme ? Loin de la civilisation, baignades,  marches et lecture occupent nos journées. En soirée les équipages de la mini flottille MédHermione se réunissent pour partager les petits plats préparés par les uns et les autres. Et c’est ainsi que nous nous retrouvons à quinze dans le cockpit d’Eraünsia, un Dufour 425 qui a rejoint nos rangs, à déguster notamment une piperade, spécialité basque préparée par notre hôte. A l’issue du weekend nos amis appareillent pour rejoindre Lanzarote. Philéas ne résiste pas à la tentation de prolonger son séjour de 24 heures. Christian en profite pour nettoyer la carène tandis que je prépare la cabine d’Alain, le premier de nos équipiers qui doit embarquer dès le lendemain à Arrecife.

Vue du haut d’un des sommets volcaniques de Graciosa
En fin de matinée un baigneur aborde Philéas. Agréable surprise, Embellie V est arrivée dans la nuit. Mouillée à quelques encablures mais cachée par un catamaran, nous n’avions pas remarqué sa présence. Rendez-vous est pris pour une conviviale soirée à bord du véloce centurion. A notre arrivée, Alain, le skipper-propriétaire, l’œil malicieux, nous énonce les us et coutumes pratiqués sur son voilier ; les deux personnes en charge du lavage de la vaisselle se tirent aux cartes, à l’issue du repas pour ne pas couper l’appétit des malheureux élus. Les invités ne sont pas exclus de ce jeu de chance ou de malchance !... Effectivement une petite boite en bois fait son apparition sur la table. D’une main innocente, je mélange les cartes et en distribue une à chaque convive. Deux cartes identiques et les gagnants sont désignés. Christian a le privilège d’en faire partie. Après une plongée sous la coque de Philéas, une petite plonge en compagnie de Nathalie,  maître coq2, pour clôturer la journée, quoi de plus naturel !  

Mardi 28 octobre, 08h00, nous appareillons pour Arrecife, capitale de l’île de Lanzarote et  lieu du premier regroupement de la flottille MédHermione avant sa progression vers le Cap Vert.

En face de Graciosa, l’île de Lanzarote


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1 Bénitier : Gros mollusque bivalve
2 Maître coq ou maitre queux : cuisinier

mardi 21 octobre 2014

ALERTE ROUGE A MADERE


PRIS  EN  OTAGES  PAR  LA  MER

Escale en marina rime avec sécurité et nuits sereines. Nous le pensions il y a trois jours encore…

Depuis samedi la mer et le vent se donnent la main pour créer un enfer. Des lames énormes se fracassent sur la digue de protection de la marina, rebondissent pour déferler à l’intérieur du port. La houle pénètre malicieusement par le chenal d’accès et s’engouffre jusqu’aux pontons. Des remous incessants et brutaux fouettent les catways1 sur lesquels les voiliers sont accostés. Les bateaux dansent, swinguent lourdement et tirent sur les amarres. La violence et la répétition incessante de ces mouvements saccadés entraînent la rupture des aussières2 qui raguent3 sur les pontons. Les pare-battages4, écrasés entre les coques et les catways, explosent.

Mine aperçu des déferlantes 

Durant la nuit de samedi à dimanche, c’est l’apothéose. Les équipages des voiliers dorment mal, se lèvent pour vérifier l’amarrage, le reprennent pour diminuer l’amplitude des mouvements. Au petit matin les traits tirés tous inspectent les catways avec inquiétude. Le ponton B sur lequel AlexMarie et Philéas sont amarrés a souffert ; il est décalé par rapport au ponton principal. Les raccords déjà fragiles à notre arrivée présentent des signes alarmants de faiblesse, voire de rupture. Le personnel de la marina consolide tant bien que mal l’infrastructure avec des sangles.
En fin d’après-midi, la situation ne s’est toujours pas arrangée, les mariniers  inquiets décident de déplacer les voiliers de notre flottille de l’autre côté de la marina, à l’opposé du chenal d’accès ; les pontons y sont moins exposés. Aucune place n’étant vacante, Atène, Black Niboune, Philéas puis AlexMarine s’amarrent à couple de bateaux occupant déjà les emplacements moins agités. Quel soulagement à bord, nous ne sommes plus ballotés dans tous les sens ! Nous apprécions ce confort retrouvé.

Nous suivons l’évolution de la météo de très près, échangeons nos données, nos points de vue, nos analyses, partageons nos incertitudes et nos interrogations avec nos compagnons de voyage. A l’extérieur de la marina  la situation semble plus gérable. La manœuvre de sortie cependant ne l’est pas ; la houle et un fort remous s’engouffrent toujours dans la chicane5 d’accès. Tenter une sortie est encore trop risqué. Une déferlante pourrait nous projeter contre les rochers ou contre la digue du chenal. Nous sommes prisonniers et à la merci du bon vouloir de la mer. Il est plus prudent d’attendre une accalmie avant de poursuivre notre route vers Lanzarote aux Canaries.


Marina Calheta à Madère -  Déferlante dans le chenal



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1 Catway : Un catway est un petit appontement flottant parcourant la longueur d'un bateau amarré, destiné à la circulation des personnes. Le catway est amarré à un ponton ou à un quai.
2 Aussière : Une aussière est un gros cordage employé pour l'amarrage et le remorquage de navires. Elle est traditionnellement faite de trois torons "commis" entre eux, ce qui signifie "réunis en spirale les uns autour des autres".
3 Raguer : Déchirer ou abîmer un cordage par frottement.
4 Pare-battage : bouée servant à  protéger la coque des chocs extérieurs contre quai ou contre les autres bateaux.
5 Chicane : Passage étroit et sinueux (en forme de S) pratiqué entre le mur et la digue pour permettre l’accès à la marina.

dimanche 19 octobre 2014

ARCHIPEL DE MADERE

L’ÎLE DE   PORTO  SANTO

Porto Santo n’est pas une destination très courue par les plaisanciers ; les navigateurs en route pour une traversée de l’Atlantique pourraient être tentés d’y faire une escale de repos. Mais à partir d’octobre les vents en décident souvent autrement. Le cap est alors mis sur les îles Canaries plus faciles d’accès. En revanche les habitués, amateurs de quiétude et de simplicité, y séjournent très régulièrement entre le printemps et l’automne. Les infrastructures de l’unique marina de l’île sont basiques mais le personnel y est d’une amabilité et d’un dévouement extrêmes comme bien souvent dans les îles Portugaises. Les services sont rendus sans compter et avec empressement. Quel contraste avec les ports méditerranéens trop courtisés en période estivale où l’amabilité est une option d’autant plus rare que le site est touristique.

Nous garderons longtemps en mémoire l’accueil qui nous a été réservé à notre arrivée à la marina ; une équipe de quai composée de nos amis de Black Niboune, d’équipiers de voiliers en escale et d’un marinier du port nous attendaient sur le ponton pour réceptionner nos aussières et nous amarrer au catway1. Un accostage de rêve,  le manœuvrier Brigitte n’avait pas besoin de se précipiter de la proue à la poupe de Philéas et de sauter sur le quai pour tourner les amarres. Ici l’entraide entre marins n’est pas un vain mot. L’ambiance village prévaut naturellement à la marina.   

Les premiers jours de notre séjour nous ne nous hâtons point nous laissant envahir par cette atmosphère sereine et reposante sans pour autant sombrer dans l’oisiveté. Nous redonnons un coup de jeunesse à Philéas : tâches ménagères, approvisionnement, etc… le tout entrecoupé de discussions sur les pontons, de visites chez les uns et les autres, de repas en commun. Ici le mot précipitation semble avoir été banni du vocabulaire. Nous faisons connaissance dans une ambiance familiale avec le Cherbourgeois Galaad de la fratrie des RM 1050.

A Porto Santo comme à Horta aux Açores les équipages des voiliers en escale immortalisent leur passage en peignant sur les murs bordant les pontons des fresques à l’effigie de leur bateau. Philéas n’a prévu ni peinture ni pinceau, mais surtout n’a pas la main artistique.

Présentation de Porto Santo


Située à environ 40 km au nord-est de Madère, l’île de Porto Santo offrit en 1418 un refuge au capitaine Zarco et à son équipage surpris par une tempête alors qu’ils se dirigeaient vers la côte ouest de l’Afrique. Percevant l’intérêt d’une telle base en plein océan, l’explorateur revint en 1419 revendiquer cette terre sauvage au nom du Portugal. Les premiers colons introduisirent des lapins et des chèvres, qui dépouillèrent Porto Santo de sa végétation. 

Falaises arides de Porto Santo 
Surnommée « l’île dorée » en raison de la couleur désertique de ses paysages et de sa longue plage de sable dorée de plus de sept kilomètres, elle jouit d’un climat méditerranéen très agréable influencé par le Gulf Stream.
 L’archipel de Madère comprend les îles de Madère, de Porto Santo, les Desertas et les Selvagens. Si toutes sont d’origine volcanique, seules Madère et Porto Santo sont habitées. Beaucoup plus aride et plus petite que l’île principale, Porto Santo ne mesure que 11 km de long pour 6 km de large.

La visite de l’île, côté terre, confirme l’aridité du climat constatée depuis la mer. De nombreuses résidences secondaires, la plupart récentes, fleurissent sur Porto Santo à des endroits improbables et sans cachet. L’ensoleillement et la douceur du climat semblent balayer l’absence d’attrait de ses paysages. 

S’agit-il de placements immobiliers comme certains de nos interlocuteurs le laissent supposer ou d’un réel engouement pour Porto Santo ?

Route de Philéas entre Porto Santo et Madère 

L’ÎLE   DE   MADERE

Une fois encore nous sommes aux ordres de monsieur Météo. Un fort vent de sud-ouest est annoncé dans les prochains jours. A la marina le personnel s’empresse d’arrimer les bateaux stationnés à sec. L’archipel est coutumier des forts coups de vent et les dégâts occasionnés par la furie d’Eole et de Neptune n’épargnent pas les marinas. Il est grand temps d’appareiller pour rejoindre Madère si nous voulons éviter d’être bloqués à Porto Santo pour 6 jours supplémentaires.
Sur les trois marinas de l’île principale une seule accepte de nous recevoir ; celle de Funchal la capitale est complète, celle de Quinta do Lorde  au sud de Madère se ravise après avoir validé notre réservation et à Calheta Philéas est le bienvenu mais l’accueil de notre ami Black Niboune, plus grand que notre RM, fait l’objet de négociations. Une fois sur place nous comprenons aisément la situation ; Calheta a été ravagée par une forte tempête en février 2010 engendrant d’importants dégâts matériels aux infrastructures et aux voiliers amarrés : d’énormes vagues déferlèrent par-dessus les digues de protection du port, une solide houle  entraîna de tels remous que les pontons et les taquets s’arrachèrent. Depuis aucun travaux de restauration n’a été engagé ;  catways et pontons montrent toujours des signes de faiblesse. La marina a dû avoir maille à partir avec les assurances et est réticente à accepter de grosses unités nécessitant des pontons fiables.

Près de 60 nautiques nous séparent de notre point de destination. Nous appareillons vers 10h30 cap au sud-ouest en tirant des bords au près. La première moitié du trajet Philéas progresse vite sur une mer légèrement agitée. Aux abords de la pointe sud de Madère Eole pris d’un coup de folie, change de direction et toussote. Nous nous éloignons de la côte pour toucher un peu plus de vent. En l’espace de deux minutes le vent s’époumone, la mer se creuse et nous ballote. A la hâte nous prenons un ris dans la grand-voile et troquons le génois contre la trinquette. Philéas gite à 45 degrés. Black Niboune situé à 1 ou 2 nautiques derrière nous est resté à proximité de la côte et  semble naviguer sur une mer paisible toutes voiles dehors. Nous faire secouer par choix n’est pas à vrai dire notre tasse de thé, nous nous rapprochons du littoral pour nous extraire de cette zone tourmentée.

Sud est de Madère
Un peu avant minuit nous embouquons le chenal d’accès très étroit de la marina. Nos amis des voiliers AlexMarie et Atène nous attendent sur les pontons malgré l’heure tardive. Ce soir nous sommes quatre voiliers de la flottille MedHermione en escale à Calheta ; l’ambiance des jours à venir promet d’être animée !

Madère nous voici ! Si en novembre 2011 un coup de vent nous avait interdit l’accès à l’archipel nous avons aujourd’hui l’intention de parcourir l’île en profondeur. Pendant trois jours  nous sillonnons l’île aux tunnels d’un point cardinal à l’autre. 223 tunnels (223 ce n’est pas une erreur…), routes sinueuses et escarpées, des points de vue spectaculaires plongeant tantôt dans la mer tantôt dans des vallées, des fleurs en abondance, telle est Madère. J’imagine la végétation au printemps : un festival de couleurs et de senteurs enivrantes offert avec générosité !

Les tunnels de Madère

A Madère le regard du visiteur prend de la hauteur ; les bananiers poussent à flanc de coteau. Le relief de l’île impose des cultures en terrasses. Les bananeraies abondent sur une grande partie de Madère y compris à Funchal la capitale. L’agriculture à échelle familiale est omniprésente. En revanche le relief escarpé n’est pas propice à l’élevage. Quelques rares bovidés broutent au nord-ouest de l’ile. Les produits laitiers sont importés des Açores.



Abondance de fruits locaux
Le marché des cultivateurs à Funchal vaut le détour. Les étals très colorés regorgent de fruits locaux : bananes-ananas, figues de barbarie, nèfles, anones, goyaves, papayes, mangues, fruits de la passion… Les vendeurs invitent les chalands aux allures de touristes à goûter leurs produits. Les prix de vente s’adaptent à la clientèle touristique ! Les légumes, viandes et poissons achetés essentiellement par les autochtones sont épargnés par cette inflation opportune. Au sous-sol, les poissonniers s’affairent, taillant dans la chair des thons, des espadons et des bonites. Le sabre, présent sur tous les stands, n’a pas une allure sympathique mais ce poisson à chair ferme, blanche et goûteuse est sur la carte de tous les restaurants madériens. Il est généralement servi grillé avec de la banane frite.

Présentation de l’île de Madère

De forme allongée d'est en ouest, Madère s'étend sur environ 55 km de long et 24 km de large et dispose de 160 km de côtes. L'altitude moyenne est de 1300 mètres. Sur la côte sud, à l'ouest de Funchal s'élève le cabo Girao, l'une des plus hautes falaises du monde.
  

De hauts sommets volcaniques séparés par de profonds ravins forment l’essentiel du cœur de Madère. Une différence marquée existe en le nord et le sud. Une importante population cultive les contreforts méridionaux où des toits de tuiles rouges tranchent avec le vert des vignobles et des bananeraies. Au nord les pentes plus arrosées sont densément boisées. Le long de la bande côtière, des terrasses s’accrochent aux flancs abrupts des vallées. En bord de mer des bassins creusés à même la roche constituent des piscines naturelles à eau de mer. Lors de notre passage les vagues déferlaient avec une telle puissance que nous n’avons pas eu le plaisir de nous y tremper.

La forêt de lauriers qui couvrait l'île avant sa colonisation et lui a donné son nom (Madeira signifie "bois" en portugais), a été presque entièrement brûlée par les premiers colons, et seules quelques surfaces dans les vallées au nord de l'île ont été préservées. Aujourd'hui des essences européennes et tropicales apportées par les colons cohabitent avec des espèces endémiques.Le sol volcanique très fertile et l'humidité en montagne favorisent la croissance d'une végétation exubérante, y compris sur des pentes presque verticales.

L'économie de la région repose essentiellement sur l'agriculture et le tourisme (20% du produit national brut). L'agriculture produit des bananes destinées au marché local et métropolitain, des fleurs et le vin de Madère qui jouit d'une grande réputation à l'exportation. L'industrie est peu diversifiée, elle est surtout à caractère artisanal avec la production de broderies, de tapisseries et d'articles de vannerie. La zone franche de Madère concentre des activités financières, industrielles et commerciales assurées par des firmes étrangères attirées par des incitations fiscales avantageuses. L'Union européenne a contribué de façon importante au développement des infrastructures par le moyen de subventions du  FEDER3 . Les travaux très importants d'adaptation du réseau routier -une partie des 223 tunnels notamment- rendus difficiles par la configuration très montagneuse de l'île, ont été financés en grande partie par ces fonds européens.

Notre séjour à Madère va se prolonger un peu. Philéas et ses compagnons de voyage reprendront la mer, d’ici quelques jours, en direction des îles Canaries dès qu’une fenêtre météo favorable  se présentera.




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1 Catway : Un catway est un petit appontement flottant de la longueur d'un bateau amarré, destiné à la circulation des personnes. Le catway est fixé à un ponton ou à un quai.
2 Aussière : Une aussière est un gros cordage employé pour l'amarrage et le remorquage de navires. Elles sont traditionnellement faites de trois torons "commis" entre eux, ce qui signifie "réunis en spirale les uns autour des autres".
3 FEDER : Fonds européens de développement régional crées pour renforcer la cohésion économique et sociale au sein de   l’Union européenne.  



dimanche 12 octobre 2014

GIBRALTAR - ARCHIPEL DE MADERE : Une traversée à oublier


Notre escale à la porte de l’Atlantique se prolonge. Les apéritifs dînatoires sur chacun des trois voiliers de la flottille MedHermione sont toujours des moments de convivialité appréciés. A défaut de places disponibles à quai à Gibraltar un regroupement imprévu à la marina espagnole de la Línea de la Concepción, située à quelques encablures,  nous a réunis. Cette marina moderne regorge de postes d’amarrage vacants ; la capitainerie est distante des pontons d’un bon kilomètre, pas très pratique pour les doléances en cours de séjour ! Le personnel ne brille ni par sa courtoisie ni par sa célérité. A notre arrivée l’employée, affairée à plier des cartons sur le comptoir d’accueil, ne s’est pas départie de sa tâche prioritaire. Ensuite, seulement, elle nous a remis un formulaire à remplir et est retournée vaquer à ses occupations : discuter avec sa collègue, répondre au téléphone… pendant que nous attendions bien sagement qu’elle se souvienne que nous étions là. La saisie informatique des renseignements nous concernant, entrecoupée par des travaux apparemment plus urgents, a nécessité encore un certain temps. 

La Línea n’est pas une ville très animée ; de nombreux commerces sont fermés ou n’ont peut-être même jamais vu le jour. Des locaux commerciaux aux façades murées sont à louer ou à vendre. Les rues sont sales et les espaces verts à défaut d’entretien vieillissent mal. En revanche un supermarché facilement accessible à pieds permet de parfaire l’approvisionnement en vivres du bord à des prix attractifs. 

Anone : fruit commun sur les étals de La Línea. Il ressemble au corossol sans en avoir le goût

Gibraltar, enclave anglaise située de l’autre côté de la frontière accueille chaque jour des milliers de travailleurs espagnols. Un défilé de véhicules encombre aux heures de pointe la route reliant les deux agglomérations. Nous nous y rendons à pieds, passeport en poche, passons le poste d’immigration et nous retrouvons immédiatement sur la piste d’atterrissage de l’aéroport que nous traversons pour arriver en ville. Assez insolite comme arrivée en territoire anglais : par le tarmac sans descendre d’un avion ! 


 L‘Océan Atlantique : un accueil à bras fermés !

Samedi 3 octobre : la météo est propice à la poursuite de notre voyage. La carte des courants de marée dans le détroit décide pour nous de notre heure d’appareillage ; 14 heures est le bon moment pour profiter des courants de marée. Notre passage en Atlantique s’effectue en douceur. Les conditions sont de loin plus agréables que lors de notre traversée en octobre 2011. Le vent toutefois reste un peu timide.
En fin de soirée, l’océan nous réserve un accueil renversant ; fin de la navigation idyllique ! Poséidon se réveille de mauvaise humeur, la houle grossit encore et encore et s’amuse à se croiser. Le vent s’invite à la partie « roulis et tangage à tous les étages ». Pour gagner en confort, que dis-je pour réduire notre inconfort, nous réduisons la toile tout au long de la nuit ; un ris1 puis deux dans la grand-voile, trinquette hissée puis trois ris dans la grand-voile et un ris dans la trinquette. Philéas fait de l’alpinisme, il gravit des montagnes pour retomber lourdement dans le creux de la vague. Mauvais temps pour les algues et coquillages qui voudraient squatter sa carène. A bord l’appétit est minime, nous ne viderons pas la cambuse ce soir. Notre courageux Philéas file 6 nœuds toute la nuit faisant fi de la furie de la mer. Poséidon nous malmène jusqu’au milieu de la matinée suivante puis la houle réduit d’intensité progressivement pour devenir supportable. Philéas retrouve sa garde-robe, la porte du réfrigérateur s’ouvre à nouveau ; l’équipage reprend des forces.

Les jours et les nuits se succèdent. Eole souffle bon an mal an, s’essouffle parfois, se ressaisit et réapparait avec plus ou moins de vigueur  mais toujours du nord-nord-ouest, sa seule constance (pour l’instant). Nous nous en contenterons. Mais avons-nous vraiment le choix ?

Plus que 120 nautiques nous séparent de notre destination… en théorie, en ligne droite. Le vent en décide autrement, fait un caprice, passe au sud-ouest et nous contraint encore une fois à tirer des bords. Nous restons positifs ; nous pourrions être sur une mer démontée avec des grains menaçants mais non le ciel est dégagé, le soleil brille. Nous n’avons pas de rendez-vous avec notre patron, nous avons le temps.
Nos pensées vont vers nos camarades de la flottille MedHermione encore à Toulon. Nous imaginons l’effervescence au club nautique, les équipages se hâtant dans les préparatifs des derniers jours, le marathon des dernières heures pour être fin prêts le jour « J ».
A l’occasion du lancement officiel de MedHermione, Toulon Provence Méditerranée organise un grand weekend nautique sur le port mettant en exergue le passé maritime de la ville de Toulon. Les organisateurs doivent être dans les starting-blocks eux aussi, pendant qu’à 1200 nautiques de là, nous glissons lentement vers l’archipel de Madère.

A une centaine de milles au nord-est de Madère nous passons à la périphérie d’une marmite géante, le Banco Seine ; les fonds remontent de 4 000 à une centaine de mètres seulement. Un phénomène d’upwelling2 engendre un bouillonnement impressionnant à la surface de la mer qui ralentit notre vitesse déjà peu élevée. Eole quant à lui persiste à souffler du sud-ouest ; notre destination étant dans le 250° nous louvoyons encore et toujours depuis le début de la matinée, à l’affût du moindre changement. Quand le vent adonne3 nous grattons quelques degrés et quand il refuse, nous en perdons autant.  

Ce soir mon amie la lune ne me tiendra pas compagnie pendant mon quart ; de vilains nuages s’accaparent le ciel et le recouvrent d’un manteau noir, des grains batifolent de-ci de-là. C’est parti pour la salsa du démon !

Le lendemain nous espérons arriver dans l’après-midi. Mais c’est sans compter avec les éléments qui se liguent contre nous. Eole se plante devant nous et affirme « You shall not pass4!». Une forte houle, venue d’on ne sait où, s’allie au vent. Un combat acharné est déclaré. Les forces sont inégales, nous devons ruser et avançons cahin caha en zigzags. La mer chaotique nous empêche de remonter au plus près du vent. Nous avons l’impression de faire un pas en avant, deux pas en arrière. Nous rêvons d’avoir un moteur puissant5 et de foncer dans la plume en faisant voler en éclats cette satanée barrière. De temps en temps la houle s’essouffle, nous en profitons pour allonger la foulée. Furieuse elle revient au galop, nous ballote, soulève Philéas qui retombe lourdement. Nous avons mal pour lui. Imaginez-vous plonger d’un promontoire de 2 mètres de haut et faire un plat. A l’intérieur comme à l’extérieur impossible de se déplacer normalement ; une main pour se tenir, une main pour travailler, les pieds plaqués sur le sol pour éviter la perte d’équilibre. Nous apprenons à marcher sur l’eau en ébullition.

Depuis plusieurs heures nous distinguons les lumières de l’île de Porto Santo, encore un dernier virement de bord et à 01h45 nous mouillons l’ancre sur la plage de la baie Moreno pour le reste de la nuit. La lutte est terminée, Eole et Neptune sont repartis chercher d’autres combattants… Demain matin nous rejoindrons la marina de Porto Santo et nos amis de Black Niboun contactés par VHF6.   




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1 Prendre un ris : lorsque le vent forcit, la superficie de la grand-voile peut être réduite en prenant ce que l'on  appelle un ris. Le nombre de ris pris dépend de la force du vent. Sur Philéas nous pouvons prendre jusqu'à trois ris dans la grand-voile et un ris dans la trinquette.
 2 Upwelling : remontée d'eaux froides profondes habituellement sur un littoral.
3 Adonner : le lit du vent s’écarte de l’axe du bateau, gonflant ses voiles.
   Refuser : c’est l’inverse.
4 You shall not pass ! : réplique culte de Gandalf le Gris dans le livre «  Le seigneur des anneaux » Vous ne passerez pas !
5 Le moteur de Philéas ne fait que 27 CV.
6 VHF (Very High Frequency) : émetteur-récepteur utilisé pour communiquer de voiliers à voiliers ou avec les stations côtières et pour la sécurité.    

mercredi 1 octobre 2014

J’AI VOULU VOIR CARTAGENE, ON A VU GIBRALTAR (1)




Pendant que nous musardions d’île en île les jours se sont égrenés inexorablement. L’automne s’est installé à notre insu ; il est grand temps de se rapprocher de Gibraltar. La sagesse du marin l’emporte sur l’envie du touriste.

Pour la seconde fois Cartagène ne sera pour moi qu’une ville fantôme, une utopie. Nous mouillons néanmoins le temps d’une nuit complète de sommeil au large de la plage Subida, mouillage bien abrité recommandé par des navigateurs anglais en 2008.

Contre fortune bon cœur (enfin surtout pour moi) nous mettons le cap au sud. La visibilité est réduite et une pluie fine persiste. Les cartes nous auraient-elles menti ? Serions-nous en Bretagne ?  La mer est bien formée, des creux de 2 mètres bousculent violemment Philéas. Tenir un cap vent arrière dans de telles conditions relève de la gageure. Nous manquons d’empanner2 plusieurs fois ; la houle ne permet pas de garder un cap régulier. A l’intérieur de Philéas, nous nous essayons d’un pas incertain et maladroit au tango.
Las de cette situation inconfortable, nous affalons la grand-voile, enroulons le génois et faisons route sous trinquette3. Les mouvements deviennent moins brutaux et Philéas file tout de même 6 à 7 nœuds avec des pointes à 8 nœuds4.

En début d’après midi, AlexMarie, un des voiliers de la flottille MedhHermione, tente un contact radio. Nous l’entendons « fort et clair » mais il ne nous reçoit pas. Son antenne VHF5 doit être plus puissante que la nôtre. Dommage nous n’aurons pas de vacation radio aujourd’hui6.

Un peu avant l’aube, le vent tombe pour devenir insignifiant, en Méditerranée il ne connaît pas de juste milieu. Fort heureusement la mer s’assagit, les moutons font place aux vaguelettes. Rien n’est plus terrible qu’une mer bien formée sans vent. Le bateau est alors balloté, le roulis et le tangage deviennent un vrai supplice pour les estomacs. L’accalmie annoncée a au moins 24 heures d’avance sur les prévisions ; Eole a décidé d’un repos dominical, ce qui ne nous sied guère ! Nous avons parcouru la moitié de la distance nous séparant de Gibraltar. Notre vitesse chute et notre heure probable d’arrivée est retardée. La navigation à la voile requiert de la patience, mot inconnu du vocabulaire de la génération actuelle du « tout, tout de suite ».

La visibilité reste médiocre sur cette autoroute de la mer, moult bateaux croisent notre route. La nuit surtout l’attention du veilleur est à son paroxysme et la tension monte lorsque cargos ou paquebots se dirigent droit sur nous, petit voilier. Contactés par VHF5, ils font souvent la sourde oreille, ignorant le risque de collision avec une coquille de  noix. Nous enrageons et maneouvrons pour les éviter, opération pas toujours aisée sous voiles.

Cette zone poissonneuse attire de nombreux dauphins. Les uns passent leur chemin rapidement mais la majorité joue avec Philéas ; ils plongent sous l’étrave, partent, reviennent. En fin d’après-midi nous avons le plaisir  d’assister à un ballet aquatique d’une quinzaine de minutes. 


Une nouvelle nuit de veille s’annonce, la circulation s’intensifie encore à l’approche de Gibraltar. Au lever du jour la mer est d’huile, la luminosité reste blafarde et la visibilité est inférieure à 1 nautique. Nous avons l’impression d’évoluer dans du coton. La vie animale n’est pas pour autant endormie ; les goélands sont en quête de leur petit déjeûner, les poissons sautent pour échapper à leurs prédateurs, les thons émergent de l’eau et jouent à saute-moutons. Nous n’avons jamais vu autant des bandes de dauphins autour de nous.

Gibraltar est dans son petit chausson, les températures ont fraichi !  

Lundi 29 septembre, fin de matinée nous arrivons enfin à Gibraltar après 48 heures de navigation.

le rocher de Gibraltar, amer bien connu des navigateurs

Si vous souhaitez en savoir davantage sur Gibraltar, je vous invite à consulter l'article posté sur ce blog en 2011 :  

2011 - octobre :  2 - En route vers Gibraltar 2011