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samedi 27 septembre 2014

FLANERIES EN QUATRE TEMPS


L’été indien génère une envie de flâneries ; les températures sont encore élevées en journée et l’eau du bain atteint 28 à 29 degrés. L’équipage se laisse gagner par cette atmosphère  agréable ; Phileas le promène d’île en île : Minorque, Majorque, Ibiza puis Formentera.

Samedi 20 septembre -  Puerto de Soller (Majorque) est encore très animé en cette fin de saison. La veille, un orchestre où se produisaient chanteuses et chanteurs locaux a agrémenté  notre soirée au mouillage ; pas du bruit à rendre sourd, non, non, de la musique, de la vraie ! 
Puerto de Soller est relié par un tramway antique, à Soller, littéralement « vallée dorée ». Cette ville majorquine fut longtemps réputée pour ses oranges et ses citrons qui étaient exportés dans des balancelles, petits navires à un seul mât. Aujourd’hui encore les oranges y abondent. Lors de nos passages en mai puis en juin 2013, elles étaient de tous les étals. En septembre 2014 elles sont encore là. Rassurez-vous ce ne sont pas les mêmes… Le jus en est toujours aussi exquis.

Le séjour est bien doux ici. Cependant il est temps de partir pour Ibiza située à 82 milles à vol d’oiseau. A défaut d’ailes et de vent portant1 nous devrons tirer des bords2 pour atteindre notre destination.

20h00, quel drôle d’horaire pour appareiller ! Le charme de Puerto de Soller nous a retenus quelques heures supplémentaires. En journée tirer des bords peut devenir vite déprimant, la côte semble inaccessible, tantôt proche tantôt lointaine. Dans l’obscurité cette impression démoralisante nous est épargnée. 19 heures plus tard, vers 15h00, nous cessons nos zigzags pour mouiller sur fonds de sable à la Cala Llonga, côte est d’Ibiza. Nous avons parcouru 114 milles soit un tiers de plus qu’en route directe.

A nous le repos et la baignade ! Philéas, salé et surtout nappé de sable, patientera jusqu’à demain pour un lessivage à la marina d’Eivissa. Les pluies sporadiques qui auraient dû rincer pont et cockpit les ont en fait colorés d’un maquillage marron peu seyant.

Ibiza, la plus ouest des îles des Baléares s’étend sur 40 km de long et 25 de large. La partie nord et l’extrémité sud-ouest présentent un relief accidenté. Les falaises sont coupées de nombreuses criques. Les promoteurs, comme trop souvent hélas en Espagne, ont fait appel à des architectes au sens esthétique pour le moins douteux  pour y faire croître des hôtels et des résidences d’une laideur remarquable. Ibiza qui accueille chaque été des hordes de touristes, est surtout réputée pour attirer des jeunes (et moins jeunes) avides de boites branchées.

Lundi 22  septembre, temps orageux, visibilité réduite, nous accostons au club nautico pour nous refaire une beauté. Tuyau d’arrosage, balai brosse, éponges sont de sortie. Mais bientôt des trombes d’eau s’abattent sur nous. Fin de l’opération propreté. Du moins pour aujourd’hui : la pluie durera jusqu’au lendemain.
Notre passage au bureau de la marina nous rappelle la situation économique difficile de l’Espagne. Notre porte-monnaie va s’en souvenir ; depuis notre passage en 2011 les prix se sont envolés, ils ont doublé et la TVA est passée de 14 à 21 %…

Le beau temps est de retour avec Abalone arrivé vers 2 heures du matin après une escapade à l’île de Cabrera. Les prévisions météo annoncent un vent portant1 pour rejoindre Carthagène, à partir de jeudi. Nous disposons de deux jours pour découvrir Formentera, la plus méridionale des quatre îles des Baléares.

    Ile vedra, îlot rocheux accore (pic 382m). Elle a été le lieu de tournage pour le film Bali Hai, cadre censé être situé dans le Pacifique Sud.
 Ile Vedranell (125 m) et les passages vers Ibiza.


Plus petite qu’Ibiza et aussi moins développée que sa grande sœur, Formentera ne mesure que 18 km de long pour 15 de large mais avec sa forme de S allongé elle ne couvre que 95 km2. Au nord se trouve une plaine basse dont la majeure partie est formée de lagunes et de salines. Le nudisme sur Formentera est accepté depuis longtemps. Si vous êtes amateurs de baignade dans le plus simple appareil, c’est le lieu adéquat !

Salines

Après une bonne nuit de repos nous appareillons, route au Sud. Nous adoptons notre rythme de croisière pour les 36 heures à venir et progressons au grand largue 3. Les grains et les orages tournent autour de Philéas pendant mon quart nocturne mais nous évitent.  Je veille au grain « prête à envoyer le perroquet». En revanche Christian aura moins de chance ; il louvoiera pour leur échapper tout en composant avec les nombreux bateaux présents aux alentours. La relève est accueillie avec soulagement…

Nous évoluons dans une zone de navigation très fréquentée ; des cargos croisent continuellement  notre route. Une veille attentive est de rigueur, notre AIS5 récemment installé me seconde à merveille.


En fin de matinée,  alerte,  la ligne que j’ai mouillée  une heure  auparavant  « a fait mouche ». Tout en la relevant j’appelle Christian à la  rescousse.  A peine sorti des bras de Morphée, il arrive,  grognon,  avec l’épuisette  et  un seau. En ce vendredi,    traditionnellement   le jour du poisson,  nous  allons pouvoir nous délecter de notre première pêche : une belle dorade coryphène accompagnée par un petit vin blanc offert par  Maëla et Yves  sur le ponton  le jour de  notre départ  de Toulon. Les consignes  laissées  sur la  bouteille étaient  précises : « A ouvrir avec le premier mahi mahi pêché ! »



Une heure après cette prise, des invités surprises font de la natation synchronisée autour de Philéas ; ils plongent pour une inspection de coque, remontent, sautent… Une dizaine de dauphins nous saluent et nous souhaitent une bonne navigation dans les eaux espagnoles. Muchas gracias amigos, hasta pronto6 !



1 Vent portant : vent soufflant d’un secteur de l’arrière. 
2 Tirer des bords : A la voile pour aller d’un point A à un point B, il n’est pas toujours possible de naviguer en route directe, le bateau ne peut progresser à moins de 45° du lit du vent. Il faut louvoyer, c’est à dire tirer des bords. Le chemin à parcourir est beaucoup plus long. « Au louvoyage, deux fois la route, trois fois le temps, quatre fois la rogne ! » disaint-on jadis.
3 Grand largue : une des allures du vent portant qui sont le « vent arrière », le « grand largue » et le « largue ».
4 Perroquet : il ne s’agit pas de l’oiseau des îles mais d’une voile carrée qui se trouvait en haut des huniers sur les mâts de misaine et d’artimon et sur le grand mât à l’époque des grands voiliers.
5 AIS : système d’identification automatique qui permet de connaître l’identité, le statut et la position des navires aux alentours, mais qui permet surtout de prévenir d’un risque de collision.
6 Merci les amis, à bientôt !


samedi 20 septembre 2014

PHILEAS FAIT L’ECOLE BUISSONNIERE


Notre traversée débute sous de bons auspices ;  le vent de secteur sud sud-est, force 2 à 31, fait preuve de clémence envers l’équipage en période de réadaptation. Philéas file 5 à 62 nœuds vers le sud-ouest.
Avant l’appareillage nous avions envisagé une première nuit au mouillage pour nous garantir un bon repos avant d’assumer nos 6 heures de quart nocturnes. Les derniers jours de préparatifs notre capital sommeil a été fortement entamé. Mais finalement nous répugnons à gaspiller un vent aussi favorable et changeons d’avis. Le vent en Méditerranée n’est connu ni pour sa constance, ni pour sa mesure. « Mieux vaut un tien que deux tu l’auras ». Nous devrions gagner une cinquantaine de milles avant l’accalmie annoncée pour jeudi par les prévisionnistes.

20h -02h du matin – Premier quart de nuit

La mer est un vrai sapin de Noël ! Philéas est encerclé : des feux de navigation tous azimuts. Un exercice militaire regroupant une grande partie de bâtiments de la force d’action navale et des navires étrangers se déroule depuis ce matin en Méditerranée.
Le vent forcit quelque peu, Philéas accélère sans doute pour échapper à ses poursuivants….
Minuit, la fatigue s’immisce puis m’accable pendant mes deux  dernières heures de quart. Une lutte titanesque est déclarée. 2 heures du matin, la relève salvatrice met fin au combat, faute de combattants.
Christian n’est pas épargné par l’appel grandissant du sommeil : 6 heures de veille demandent de l’énergie et de l’endurance. Nous avons largement puisé dans nos réserves ces dernières semaines.

Mercredi 17 septembre – 1 h du matin : Branle-bas

Eole, taquin, choisit l’obscurité pour appuyer sur l’accélérateur. Christian quitte sa bannette en pestant contre les éléments qui n’ont pas la décence d’attendre l’heure de la relève. Le génois3 est enroulé. Nous prenons deux ris4 dans la grand-voile et envoyons la trinquette. Bien entendu la mer nous gratifie d’une thalassothérapie bien fraîche. Ah les joies des manœuvres au pied de mât ! Les automatismes se remettent en place.
La météo espagnole diffuse un avis de vent fort. Les prévisions du départ auraient-elles radicalement changé ? Prudence nous sommes en Méditerranée. Changement de programme pour Philéas, une escale à Fornells sur l’île de Minorque est décidée. L’équipage pourra s’y ressourcer. Au petit matin nous prenons un corps mort5 et allons…dormir satisfaits de nos 210 premiers milles.

Jeudi 18 septembre – 08h00 – Appareillage

Des cris et de grands gestes attirent notre attention ; Gilles, skipper d’Abalone, arrivé hier en soirée, soit une douzaine d’heure après Philéas, a pris une bouée non loin de nous. Ses deux équipiers dorment encore et récupèrent des conditions de navigation agitées. Après le départ du Club Nautique Gilles avait opté pour une première nuit de repos au mouillage avant de faire route.

19 septembre : A la conquête de l’Ouest – Matinée de pétole

Faute de vent nous  sortons, à contrecœur, notre atout : la brise Volvo !

Las d’attendre le retour du vent nous mouillons Cala de la Calobra pour la pause déjeuner, cala décrite comme spectaculaire par le guide Imray. Plusieurs anses se rejoignent par trois petits tunnels éclairés. Un ravin, creusé dans les hautes falaises par le ruisseau tranquille Torrente de Pareis, est visible du nord de la plage. L’eau turquoise appelle le baigneur. Je plonge et pars explorer ce site réputé de Majorque. Ruisseau tranquille, bel euphémisme, l’eau y est rare !
J’emprunte les trois tunnels successifs et passe d’une anse à l’autre. En contrebas Philéas vient de trouver un grand frère, un RM 1060 :  Fils du Vent.  Serait-il en train de négocier un petit souffle avec son nouveau compagnon ?
Nous sympathisons avec Romain et Hélène autour d’un café et nous donnons rendez-vous dans quelques heures à Porto Soller.
Joueur, Fils du vent se met à la poursuite de Philéas. Nous entamons une partie de « rattrape- moi si tu peux » jusqu’au mouillage, à 7 milles de là. Philéas plus lourd et surtout plus lourdement chargé tire bien son épingle du jeu : l’équipage aura droit à la demi double pour le tiers de quart6.




1  Vent de force 2 : 4 à 6 nœuds (6 à 11 km/h) - force 3 : 7 à 10 nœuds (12 à 19 km/h) 
2  Vitesse 1 nœud = 1 mille à l’heure soit 1.852 km/h
3  Génois voile d’avant plus grande en superficie que la trinquette
4  Prendre un ris : opération consistant à réduire la surface de la voile. Sur Philéas toutes les manœuvres se font en pied de mât.
5  Corps mort : bouée d’amarrage.
6 Demi double pour le tiers de quart : Lorsque le commandant était particulièrement satisfait d’une manœuvre, il octroyait une récompense à la fraction de quart (tiers ou bordée) qui l’avait effectuée : augmentation de la ration d’alcool.



lundi 15 septembre 2014

MEDHERMIONE - PHILEAS APPAREILLE


17 heures le 15 septembre 2014,  soit  trois semaines après la date prévue, Philéas et son équipage réduit, le skipper et l'armateur, larguent enfin les aussières. Des problèmes imprévus ont imposé quelques travaux supplémentaires de maintenance.
Au terme de préparatifs longs et méticuleux, nous nous dirigeons enfin vers la porte grande ouverte de la liberté. Le bleu va devenir notre quotidien du lever au coucher du soleil. Pas  le grand bleu pour débuter : l'eau est un peu fraîche pour nos corps encore délicats mais le bleu de la mer, et  du ciel (nous les espérons bleus et non gris).

Médatlan fait figure de mise en jambes au regard de ce qui nous attend. L'organisation du rallye MédHermione et ses préparatifs plus conséquents se sont avérés bien plus fastidieux à gérer. En 2011, Médatlan représentait un projet d’envergure, un défi extraordinaire pour nous, les bizuths de cette traversée océanique initiée par le club nautique de la marine à Toulon.

Avec Médhermione -12 mois de voyages et d'aventures en tous genres- nous passons à la vitesse supérieure. Notre petite expérience est plutôt rassurante. Nous appréhendons plus sereinement la traversée de l'Atlantique, du moins dans le sens est-ouest. En revanche les étapes qui amorceront le retour, Halifax vers St Pierre et Miquelon en juillet 2015 puis vers les Açores,  risquent d'être assez musclées. Quelques séances sportives imaginées par l'association des G.O. locaux : Eole, surentraîné en fin de saison, son acolyte Poséidon, promoteur de montagnes russes, et les grands bancs, drapés dans leurs brouillards tenaces,  ne sont pas à exclure ! Mais d'ici là nous serons amarinés et de bons moments sont inscrits au programme pour les mois à venir : soleil, baignades, navigations exotiques nous permettront de supporter  les caprices que la météo s'octroiera (hydro-jets à l'eau de mer, hydromassages surprises).  Nous espérons couler des jours agréables, pas forcément tranquilles car Neptune a ses raisons que la raison ne connaît pas.  Entre les îles de l'arc antillais,  la mer est rarement d'huile, contrairement aux clichés véhiculés par les voyagistes.

Les 11 et 12 octobre, la ville de Toulon et le club nautique de la marine feront honneur aux Médhermionistes, enfin à une poignée d'entre-eux (6 voiliers sur les 17 participants) qui  représenteront la flottille. 11 irréductibles n'ont pas résisté à l'appel du large et ont largué les amarres en avance de phase. Un choix  justifié par l'envie de flâner avant le regroupement de la flottille à Lanzarote, aux îles Canaries. Ce temps glané devrait notamment nous permettre d'adapter nos périodes de navigation à la météo. Pourquoi subir le mauvais temps si aucune contrainte ne le justifie ?

Philéas n'est pas le premier à laisser Toulon derrière lui. En ce début du mois de septembre les appareillages se succèdent, AlexMarie depuis le Canet  du Roussillon (actuellement en escale aux Baléares), Atène et son équipage familial suivi par Teranga samedi après midi. Abalone et Philéas ont synchronisé leurs jour et heure de départ. Nous retrouverons probablement l'un ou l'autre au hasard d'une escale. 

Notre intention est de rejoindre Carthagène sans faire escale aux Baléares, si le vent nous est favorable bien entendu, puis de faire route vers Madère avec un arrêt à Gibraltar. Le skipper voue une affection particulière à cette ville très "british".



Nous vous donnons rendez-vous à Carthagène.  

dimanche 31 août 2014

UNE NOUVELLE TRAVERSEE EN VUE POUR PHILEAS


Après le succès remporté par la « Transat Médatlan"(1),  double traversée de l'Atlantique entre octobre 2011 et juillet 2012, le président du club nautique de la Marine à Toulon, très joueur, a relancé les dés "Quitte ou Double". Et c'est ainsi qu'un grand projet fédérateur appelé  « Flottille MédHermione » est né.

L'idée générale est d'accompagner la frégate Hermione,
 le long de la côte Est des Etats-Unis et du Canada,
 



 VOUS AVEZ DIT "HERMIONE" ???

L'Hermione fut un navire de guerre français en service de 1779 à 1793. Gilbert du Motier, plus communément connu sous le nom de  marquis de La Fayette, embarqua à bord en 1790 afin de rejoindre les insurgés américains, en lutte pour leur indépendance,  à dessein de leur prêter main-forte.
Plus de 200 ans après, en 1997, une équipe de passionnés s'est mise en tête de reconstruire, dans l'ancien arsenal maritime de Rochefort,  ce prestigieux navire de plus de 65 mètres de long. Les travaux se poursuivent sous l'impulsion de l'association Hermione La "nouvelle" frégate quittera Rochefort en direction du pays de l'oncle Sam en avril 2015 pour une navigation commémorative historique, reconstituant l'expédition du marquis de La Fayette.  
Il va sans dire que le marquis, acteur de l'histoire étasunienne  a une place particulière dans le cœur des américains. La frégate Hermione est attendue avec impatience outre atlantique.

MEDHERMIONE 

Au regard des conditions météorologiques, avril n'est pas une époque idéale pour une traversée de l'atlantique. A bord de voiliers bien loin d'avoisiner les 65 mètres, les conditions de vie de l'équipage risquent d'être musclées et le mode "shaker" récurrent !  Il est bon de garder en mémoire que plus le bateau est petit plus le mauvais temps commence tôt ! La navigation doit rester un plaisir à moins d'être masochiste...   Aussi les grands sages se sont concertés. Les marins, avertis, courageux mais pas téméraires ont retenu une période moins houleuse, plus favorable à la navigation. L'appareillage de Toulon de la flottille Médhermione est fixé à une date plus adéquate, le 12 octobre 2014


 La flottille, actuellement constituée de 16 monocoques et d'un  catamaran de 13,47 mètres, empruntera le chemin des écoliers via les Antilles avant de rejoindre l'Hermione aux États-Unis. Il est à noter que la taille moyenne des voiliers participants tourne aux alentours des 12 mètres, le plus petit (Philéas) mesurant 10,47 mètres. Deux voiliers approchant les 30 mètres, un ketch aurique  et une goélette, font figure d'exception.

P H I L E A S


quant à lui, a décidé d'appareiller, en équipage réduit (le skipper et l'armateur) en septembre soit 1 mois avant le départ officiel de Médhermione et d'explorer Madère et les Canaries. Un équipier sera embarqué durant l'escale de regroupement aux Canaries avant de faire route vers le Cap Vert où mon oncle Jean-Pierre, nous rejoindra pour compléter l'équipage avant d'amorcer la traversée de l'Atlantique.


 LE PROGRAMME 

actuellement prévu couvrira une période de navigation d'un peu plus de 12 mois avec :
  • un appareillage de Toulon début septembre 2014,
  • une transat Aller avec des escales envisagées aux Baléares, à Carthagène, à Gibraltar,  à Madère, aux îles Canaries ( octobre et novembre), au Cap Vert (du 18 au 23 novembre) et un atterrissage prévu à Grenade le 12 décembre,
  • une croisière dans les Petites Antilles entre Grenade et St Martin avec un séjour un peu plus long prévu en Martinique et en Guadeloupe (Marie Galante, les îles de la Petite Terre, les Saintes),
Navigation dans les grandes et petites Antilles

  • une remontée vers les Etats Unis  avec un départ de Saint Martin le 1er mars 2015 vers les Îles Vierges, les Grandes Antilles : Porto Rico (12 au 19 mars), Haïti (île à Vache 24 mars au 4 avril) , la Jamaïque (6 au 11 avril), Cuba ( 13 avril au 6 mai) puis la côte américaine à partir du 7 mai (Key West) incluant la croisière historique (5 juin au 25 juillet) de Yorktown à Halifax,

  • la transat Retour après  l’escale mythique de Saint Pierre et Miquelon (28 au 31 juillet ) puis les Açores (14 au 25 août ) et Gibraltar,
  • un retour à Toulon le 18 septembre 2015.
 
Routes et escales prévues entre septembre 2014 et septembre 2015







(1) voir premier article de ce blog - 2011 -  Octobre - article 1

vendredi 7 juin 2013

ESCALE A BARCELONE





Mercredi jour de marché à Pollensa, touristes et autochtones déambulent d’un étal à l’autre. Nous profitons de nos derniers instants en terre majorquine avant l’appareillage. Peu avant midi nous relevons l’ancre et mettons le cap sur Barcelone situé à 100 nautiques. Nous doublons une dernière fois le cap Formentor et filons 7,5 nœuds au portant vers notre destination. A la tombée de la nuit le vent faiblit progressivement jusqu’à devenir inexistant. La brise volvo reprend du service en attendant mieux. Le vent joue au chat et à la souris avec Philéas jusqu’à notre arrivée à Barcelone. 

Après 23 heures de navigation nous dépassons la darse nationale et accostons à la marina de port de Vell en travaux mais disposant néanmoins de nombreuses places vacantes. Remarquablement bien située au cœur de Barcelone, la marina est l’endroit idéal pour visiter la capitale de la Catalogne. Pendant trois jours nous usons nos semelles de chaussures à parcourir la seconde ville d’Espagne à la découverte de nombreux édifices (heureusement le métro facilite nos déplacements..). L’empreinte de l’architecte Antoni Gaudi est omniprésente d’un point à l’autre de l’agglomération. Le soir nous sommes véritablement épuisés par la vie trépidante de la ville et la foule quasi-permanente. En ce début du mois de juin les touristes sont déjà légion. Mais peut-être en est-il ainsi toute l’année ! Dans la rambla il faut littéralement se frayer un chemin pour progresser. Une période d’adaptation est nécessaire aux amateurs de grands espaces que nous sommes ! 


PRÉSENTATION DE BARCELONE

1 615 908 habitants. Son agglomération en compte 5 327 872 d’après les estimations de 2008.

Barcelone, capitale administrative et économique de la Catalogne, est la deuxième ville d'Espagne en termes de population et d'activités, la onzième ville la plus peuplée de l'Union européenne et la sixième en incluant sa banlieue. Située sur le littoral méditerranéen, elle est traversée par les fleuves Llobregat et Besós et bordée à l'ouest par la Serra de Collserola qui culmine à 512 mètres (sommet : Tibidado). Elle est considérée comme ville mondiale en raison de son importance dans les domaines de la finance, du commerce international, de l'édition, des arts, du divertissement et des médias. Barcelone est incontestablement un centre économique majeur qui de surcroît est doté d'un des principaux ports méditerranéens et du deuxième aéroport espagnol derrière celui de Madrid-Barajas. Elle est aussi la ville qui possède le plus grand parc métropolitain du monde, le parc Collserola, plus vaste que Central Park de New York. Ayant été fondée par les Romains, la ville devint la capitale des comtes de Barcelone puis l'une des villes majeures de la Couronne d’Aragon. Redessinée plusieurs fois pendant son histoire, elle est aujourd'hui une destination touristique majeure et jouit d'un patrimoine culturel. Le palais Güell (en 1984), la Casa Milà, le parc Güell, le Palais de la musique catalane et l'Hôpital de Sant Pau figurent d'ailleurs sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. En outre, la ville est également connue pour avoir accueilli les Jeux olympiques en 1992 et, plus récemment, le siège de l'union pour la Méditerranée.


TOPONYMIE de  BARCELONE

Plusieurs hypothèses subsistent :

- On sait qu'à l'origine se trouvait une ville ibère, de la tribu des Laietans (Layetanos), d'abord conquise par les Carthaginois puis par Scipion Emilien, et devint par la suite une colonie romaine nommée colonia Faventia Julia Augusta Pia Barcino.

- Durant le Moyen Âge, Barcelone a été connue avec les noms suivants : Barchinona, Barçalona, Barchelona ou Barchenona. La principale théorie attribue l'origine du nom à Hamilcar Barca, fondateur supposé de la ville, ou à son fils Hannibal Barca, tous les deux de la dynastie des Barcides. Il n'existe cependant aucune preuve formelle du lien entre ces deux noms.

- Une autre théorie s'appuie sur une inscription en ibère retrouvée sur une pièce de monnaie pour affirmer que le nom vient du phénicien Barkeno

- Il existe enfin une légende qui donne une origine mythologique au nom de la ville. Selon cette légende, Hercule aurait rejoint les Argonautes après le quatrième de ses douze travaux, pour les aider à trouver la Toison d'or. Lorsqu'ils passèrent la côte catalane, une tempête aurait dispersé les navires et fait disparaître la 9e embarcation. Hercule aurait alors trouvé les restes du Barca Nona, le 9e navire, près de l'actuel Montjuïc. L'équipage du navire aurait trouvé l'endroit si accueillant qu'ils auraient décidé, avec l'aide d'Hermès (dieu du commerce et des arts) de fonder une ville qu'ils nommèrent Barcanona. On trouve dans l'Antiquité la ville sous plusieurs noms : Βαρκινών en grec ancien, et en latin Barcino ("Colonia Julia Augusta Faventia Paterna Barcino"), Barcilonum ou Barceno.


VILLE MARITIME

Barcelone est avant tout une ville maritime, géographiquement et historiquement tournée vers la mer Méditerranée, comme en témoigne la présence de nombreux ports.

Le port de Barcelone est le plus important port de la Méditerranée, surtout en matière de transport de passagers. Le port est divisé en deux grandes parties, industrielle et commerciale.
Depuis 1995, le port Vell,  offre un large éventail d'activités, que ce soit dans le domaine de la culture, des loisirs ou bien des affaires. S'y concentrent le Maremagnum, l'aquarium, le musée d'Histoire de la Catalogne, le musée Maritime ou encore la Marina Port Vell où nous avons fait escale avec Philéas. 
Le port Olympique a été aménagé à l'occasion des Jeux olympiques d’été de 1992. Le village olympique a été construit sur d'anciens terrains industriels. Ce port invite au mouvement, de jour comme de nuit : sports nautiques, discothèques, bars.


PRINCIPALES CURIOSITÉS TOURISTIQUES

La Rambla est l'emblématique avenue et lieu de promenade de Barcelone reliant la Plaça de Catalunya, centre névralgique de la ville, au vieux port où se dresse la colonne Christophe Colomb. Un séjour à Barcelone ne se conçoit pas sans une promenade sur la rambla : marchands d’oiseaux, fleuristes, artistes de rue, grands édifices, superbe marché alimentaire mais aussi une foule souvent compacte se côtoient sur 1,25 km.
Le marché couvert adjacent de la Boqueria, achevé en 1914 avec son design aux influences modernistes, est l’un des rares bâtiments barcelonais où l’architecture est éclipsée par ce qu’il héberge : les produits frais d’Espagne. On s’égare parmi les étals de fruits et légumes méticuleusement aménagés, les étals de fromages, les abondants étals de poissons frais ou encore de viande et charcuterie en tous genres dont le fameux jámon. On s’émerveille devant ces innombrables variétés et ces couleurs chatoyantes ! Et quelle d’effervescence !


Au cœur de la Vieille Ville, le Barri Gòtic est le quartier le plus ancien de Barcelone. Il regroupe de nombreux édifices de l'époque médiévale dont la cathédrale Sainte-Eulalie et abrite différents bâtiments administratifs dont la Casa de la Ciutat. Du dédale de ruelles, se dégage la Plaça Nova comportant deux tours cylindriques datant de l'époque romaine ou encore la Plaça del Rei siège du Palau Reial Major, résidence comtale puis royale, se caractérisant par ses réverbères, œuvres de jeunesse d' Antoni Gaudi. Très fréquentée aussi,
la Plaça del Pi est l'un des pivots centraux de ce quartier s'étendant jusqu'aux abords de celui du Born. L’église de Santa Maria del Pi est emblématique du gothique catalan avec sa façade imposante et son vaste intérieur et sa nef unique. La sobriété du sanctuaire principal contraste avec les luxueuses chapelles et les superbes vitraux qui laissent pénétrer à l’intérieur une faible lumière. La magnifique rosace surmontant le portail est l’une des plus grandes du monde.


Place de la Seu, l’incontournable Cathédrale, cœur spirituel de Barcelone depuis des siècles, est le contrepoids traditionnel des fioritures architecturales avant-gardistes de la Sagrada Familia. Tandis que les fantaisies de Gaudi traduisent les aspirations d’une ville qui repousse les limites et se projette dans le future, la Cathédrale gothique, à la fois sobre et somptueuse, rappelle le passé de la ville. Sa construction commencée à la fin du XIIIème siècle et achevée seulement six siècles plus tard, fait de cet édifice un témoin de l’histoire de Barcelone.

La Ribera abrite le musée Picasso.  Le peintre passa de nombreuses années à Barcelone et la ville accueille tout  naturellement le plus grand musée du monde consacré aux années de formation de l’artiste et à son extraordinaire talent précoce. Les peintures cubistes qui font sa renommée brillent par leur absence, mais l’endroit n’en reste pas moins une galerie de première classe qui retrace le développement du peintre.


Barcelone compte un grand nombre d’église mais l’Eglise de Santa Maria del Mar mérite un détour. De style gothique elle se dresse au milieu des immeubles du quartier El Born. S’opposant à l’étroit dédale des rues voisines, un véritable sentiment de lumière et d’espace envahit le sanctuaire de l’église. Son intérieur en pierre, proche de la perfection fait d’elle une digne rivale de la Cathédrale et de la Sagrada Familia.


La casa Batlló est l’un des produits les plus étranges de la fertile imagination de Gaudi. Du génie espiègle de sa façade aux jeux de lumières et formes architecturales révolutionnaires, cet immeuble, construit pour attirer les regards (et le pari est gagné !), est l’un des plus beaux édifices de Barcelone où la concurrence est féroce. Les lignes droites sont rares et le mobilier intérieur a dû être conçu spécialement pour s’adapter aux formes  hors normes des murs.  Nous nous contenterons d’observer sa façade extérieure, la file d’attente pour visiter son intérieur étant longue. Pour Salvador Dali elle ressemblait à des « nuages du crépuscule sur l’eau», belle image pour des navigateurs, non ?… D’autres y voient une ressemblance avec le chef-d’œuvre impressionniste de Monnet, Les Nymphéas. Parsemée de fragments de céramique bleus, mauves et verts, de cadres de fenêtres ondoyants et de balcons en forme de masque cette façade fantasque attire l’imagination. J’ai l’impression d’être Alice aux pays des merveilles  et de l’imaginaire.

Nous empruntons le métro pour nous rendre à un site qui ne laisse pas non plus indifférent. Lieu touristique le plus important d’Espagne, en construction depuis plus d’un siècle, la Sagrada Familia,  temple expiatoire de la Sainte Famille de son nom complet, est une œuvre architecturale unique et extraordinaire de 115 mètres de hauteur. Temple conçu pour expier les péchés de la modernité de Barcelone, cette église géante est devenue la mission sacrée de Gaudi. Une fois achevée (si elle l’est un jour…) elle pourra accueillir 13 000 fidèles et comme les œuvres médiévales, elle racontera l’histoire de l’art. Riche en iconographies et en symboles religieux, elle peut être qualifiée à la fois d’ancienne et de profondément moderne. Gaudi passa les 12 dernières années de sa vie à élaborer les plans pour achever la Sagrada Familia. A sa mort en juin 1926 (il fut renversé par un tramway,  pris pour un vagabond et mourut trois jours plus tard) moins d’un quart de la basilique était construit. S'agissant d’un temple expiatoire, les travaux débutés en 1886 sont exclusivement financés grâce à l’ aumône. A défaut de moyens suffisants, il n’a pas été possible de construire simultanément les différentes parties du monument, mais depuis les années 1990, l’affluence de visiteurs et le renom mondial de l’œuvre ont fait évoluer la situation économique.

Si vous souhaitez en savoir davantage cliquer sur la Sagrada Familia  et sur l’œuvre d'Antoni Gaudí.


Une autre des autres créations de Gaudi est le parc Güell. Destiné au départ aux Barcelonais aisés,  il s’étend sur un flanc de colline au nord du centre ville. Le grand architecte se mit au paysagisme. Le résultat est un vaste et joyeux espace vert parsemé de structures d’un autre monde aux éclats de céramique scintillants. 



A l’entrée les escaliers et les deux maisons de gardiens, sorties tout droit du conte Hansel et Gretel, s’ornent d’un ensemble de fontaines, de vieux symboles catalans et d’un lézard très …photographié.
Au sommet des escaliers trône la Sala Hipostila, une forêt de 86 colonnes doriques qui devait abriter un marché. Plus haut  une vaste esplanade est délimitée par le Banc de Trencadis, un banc ondoyant couvert de céramique, symbolisant pour certains un serpent mythique et pour d’autres les vagues typiques de Gaudi. L’architecte est à l’origine de la forme mais les motifs en morceaux de céramique sont l’œuvre de son bras droit, Joseph Maria Jujol. A l’ouest du banc de Trencadis la casa surmontée d’un clocher est la maison où vécu Gaudi la majeure partie de ses vingt dernières années. Son intérieur est sobre et contraste avec l’extravagance de ses œuvres. Enfin une grande partie de l’extrémité est du parc est dominé par les viaducs, la solution de l’architecte pour y faire venir les gens et les véhicules. Colonnes penchées et pierres locales créent un effet surprenant semblant sortir d’un conte de fées. Elles laissent croire que la structure entière à été sculptée directement dans la montagne. 
 
Après quelques jours de tourisme intensif il est temps de reprendre la mer. Mais auparavant un réapprovisionnement de la cambuse du bord en produits frais n’est pas superflu. Je me rends au marché le plus proche de la marina, celui de Santa Caterina. L’architecte barcelonais Enric Miralles l’a concu sur le site d’un marché du XIXème siècle, lui même bâti à l’emplacement d’un monastère dominicain du Moyen Age. Les étals sont moins nombreux qu’au mercat de la Boqueria et l’effervescence est moindre. Mais j’y  trouve largement mon bonheur : fruits, légumes, poissons, viande et fromages. Que demander de plus !

En Espagne les marchés couverts restent la norme. Les ménagères y affluent tous les jours de la semaine mais le samedi les files d’attente sont parfois longues. Un distributeur de tickets régulent l’ordre de passage comme aux rayons frais de nos supermarchés. A Santa Caterina les inscriptions sont en catalan ce qui n’est pas sans poser de problème de compréhension à mon castillan en cours d’acquisition. Un gros orage éclate, le tonnerre gronde, des trombes d’eau déferlent sur le toit ondulant en carrelage polychrome du marché. Je m’attarde plus que nécessaire entre les allées et observe vendeurs et acheteurs en attendant une accalmie. Santa Caterina est essentiellement fréquentée par les barcelonais à la différence du mercat de la Rambla qui attire de nombreux touristes.